Valley of Love

Gégé is love, Gégé is life

 

Film visionné à l'occasion du 68éme festival de Cannes

 

IL s’avance, impérial, son ventre d’ogre menace de faire exploser à tout moment les boutons de sa chemise blanche. La foule scande son nom, il s’adresse à un spectateur pour lui demander une cigarette dont il tire deux bouffées pour bientôt la jeter encore incandescente sur le tapis rouge. Isabelle Hupert repousse un baiser, il se marre. Un hautparleur rappelle son palmarès : palme en 1990 pour Cyrano, présidence du festival en 1992, si peu. Sur son visage hilare et souriant on sait qu’il n’en a rien à faire. De son tacle à Sophie Marceau à son avis sur Charlie Hebdo, on a déjà deviné qu’il repartira les mains vides, il s’en fiche, il n’a plus rien à prouver.

On peut ne pas l’aimer, mais on ne peut nier que Depardieu soit un monstre sacré du cinéma français. Son alter ego ici, Isabelle Huppert n’a rien à lui envier niveau carrière mais la croisette ne criait qu’un nom lors de la montée des marches pour the Valley of Love, prouvant que depuis 2013 et son affiliation à la Russie, la fascination du public pour le personnage n’a pas faibli.

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Huppert toute en finesse, Depardieu sanguin et animal, le duo fonctionne comme prévu 

Pourquoi une telle tartine sur leur célébrité ? Parce que c’est probablement un des éléments les plus intéressants de Valley Of Love ; en effet le film présente l’histoire de Gerard et Isabelle, deux grands acteurs français qui se sont aimé il y a longtemps (il y a 35 ans sur le tournage de Loulou peut-être, la dernière collaboration de leurs interprètes) avant de se séparer en délaissant leur enfant. Fils qui s’est suicidé, qu’ils n’ont pas beaucoup connu au final. Bien sûr ils s’en veulent et viennent dans la vallée de la mort suite à deux mystérieuses lettres du défunt indiquant des endroits précis à visiter à des heures indiquées pendant 7 jours pour qu’il revienne les voir. Début d’une errance de nos deux héros, entre introspection, scepticisme et mysticisme, minimalisme du propos, caméra parfois foireuse, rythme douteux, improvisation, occasion manquée et parti-pris expérimental perfectible.

Non Valley Of Love n’est pas mauvais, il est loin d’être mauvais même, mais c’est pas exceptionnel pour autant. Cet espèce de méta-scénario où Gérard et Isabelle sont des versions en quelque sorte alternative de Depardieu et Hupert est fascinant. Certes cela nuira à la postérité du film mais on n’en est pas là. Valley of Love joue donc avec la perception que l’on a de ces acteurs, leurs retrouvailles est double, à la fois dans le scénario et dans la réalité de même que le suicide du fils rappelle fatalement la mort de Guillaume Depardieu.

Valley of love

L'affiche est sympa, elle ne correspond à rien dans le film mais elle est sympa

Là déjà on est intrigué, il reste quoi pour captiver ? Le traitement dans le style fantastique de l’histoire. Mais attention, du vrai fantastique où le spectateur peut se faire sa propre idée des événements entre véritable plongée dans le paranormal ou psychose un brin hallucinée. L’ambiance a ses moments à la Cronenberg (je pense surtout à sa dernière période avec Map To The Stars) ou à la Lynch, cependant comme l’essentiel du film tourne autour des discussions du duo, au final souvent plates, on ne se hisse jamais au niveau de ces exemples. La faute à une caméra parfois peu inspirée, surtout dans des décors naturels aussi beaux (allez pour l’exemple : matez Zabriskie Point d’Antonioni, avec Pink Floyd à la BO, c’est de la bonne) bien que la vallée de la mort comme symbole du poids de la culpabilité créé par ce deuil n’est en soi pas une mauvaise idée. De même le concept de ses acteurs-personnages est à la fois le principal intérêt du film et son plus gros défaut car à vouloir explorer cette idée, il délaisse l’ambiance générale.

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Elle est pas souvent là, mais l'émotion arrive quand même à pointer son nez par moment; bon pas dans cette scène certes...

Pourtant j’ai aimé Valley Of Love, une vraie surprise dans le cinéma français assez pauvre en film aussi bizarre (si, il y a Mammuth avec Gégé aussi qui possède ce côté étrange même si les deux films restent très différents). Je suis partagé face à cette démarche qui sent autant l’opportunisme dans l’exploitation de ses acteurs que la prise de risque de la part de Nicloux mais je reconnais pleinement le caractère unique et singulier du film.

 De toute façon : Depardieu à moitié nu, trempé de sueur filmé en gros plan, mais que demander de plus au cinéma ? 

Valley of Love

Adressé aux fans de Gérard et Isabelle

Parfait mais étrangement captivant, son format court (1h32) est maitrisé

Vraiment bien joué, c’est pas si surprenant que ça mais c’est à signaler

Le film qui exploite au mieux le cadre de la vallée de la mort

Un film français assez unique en son genre, d’où le titre anglais peut être

Classable dans un genre particulier, mais être unique ne lui porte pas tort

Un scénario minimaliste lorgnant vers le fantastique qui risque d’en laisser plus d’un sur sa fin/faim

Sans quelques baisses de rythme et répétitions dans la mise en scène

Weird but exciting (not so) french movie

festival de Cannes drame France

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