Tale of Tales

Père Castor, raconte-moi l’histoire du roi libidineux et des deux vieilles

 

Film visionné à l'occasion du 68éme festival de Cannes, notre avis en sortie de salle ici.
 

Tale of Tales, le Conte des contes ou encore Il Racconto dei racconti c’est à la base un ancien recueil de contes (cinquante pour être exact). Son auteur, Giambattista Basile, a recueilli des légendes orales qu’il a compilées dans son livre en les liants par un méta-scénario à la manière des mille et une nuits (en l’occurrence, la femme d’un roi ne pourra accoucher que si dix vieilles femmes lui racontent dix histoires par jour durant cinq jours, d’où parfois son appellation de Pentamerone en référence au Décaméron de Boccace qui se passe sur dix jours). Ici le réalisateur Matteo Garrone va se limiter à adapter trois histoires, se déroulant dans les châteaux de royaumes voisins.

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À l'image de chaque plan du film, l'affiche est truffée de détails tout en glorifiant Salma Hayek et en laissant Cassel de côté

Le gros point fort du film c’est son traitement visuel, sa patte graphique marquante. La direction artistique du bestiaire fantastique est renversante et met rapidement une claque: le premier quart d’heure où John C. Reilly, étonnamment crédible en preux chevalier, va affronter un monstre marin dégage un véritable souffle épique. Les monstres ont un côté malsain renforcé par la présence de Peter Suschitzky comme directeur de la photographie. Le bonhomme ayant tenu ce rôle dans les Cronenberg majeurs (Crash, ExistenZ), on retrouve une vision froide et organique de cet imaginaire qui confine presque au Body Horror (où un sentiment de malaise est amené par les modifications corporelles que subissent/provoquent les personnages).

De ce point de vue, Tale of Tales est une franche réussite, il est fascinant de voir son univers merveilleux (s’entend du genre littéraire) se dévoiler tout au long du film.

Et le scénario ? Comment dire… Là n’est pas l’intérêt.

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L'histoire du roi fou est à mon sens le plus équilibré, et j'adore Toby Jones, voilà, fallait que ça sorte​

Ce qu’il faut garder en tête, c’est que l’on est devant l’adaptation de contes de la première moitié du XVIIème, pour vous replacer le truc sachez que Perrault (petit chaperon rouge, belle au bois dormant) c’est soixante ans plus tard et les frères Grimm (cendrillon, blanche neige) deux siècles après ! On est ici plus proche des fabliaux du moyen âge avec tout ce que ça comporte de grivois et de grossiers. L’auteur a écrit ses textes dans le dialecte Napolitain (ce qui explique sa faible postérité vu que difficilement traduisible) et ils affichent de truculentes volées d’insultes : « goule baveuse, bouche peteuse, canule suintante, cul de poule, clabaudeur ». Jacquouille des visiteurs ça devait être son maître à penser, après le spectateur de 2015 restera probablement plus dubitatif.

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Les trois châteaux sont, par la qualité de leur architecture et leur design, des personnages à part entière

D’autant plus que si certains personnages et éléments de cet univers semblent obéir à une certaine logique, comme le devin adepte d’un karma aussi retord qu’implacable (au look pompé sur la mort dans le septième sceau), d’autres éléments tiennent plus du Deus Ex Machina (le poignard qui fait jaillir des sources par exemple, il sort d’où ?) induisant fatalement la sensation pour le spectateur d’avoir été pris pour un c. On peut aussi reprocher certains effets spéciaux bien médiocres comme un sauvetage par un funambule massacré en post-production par un Photoshop un brin galeux.

Et c’est là le principal reproche qui lui a été adressé lors du festival de Cannes, les contes ont une structure si abracadabrante (et encore Garonne écarte les sept frères ninja qui invoquent des arbres et des tours de guet originellement présent dans le conte du roi Toby Jones) et des situations si grotesques (les techniques de dragues de Vincent Cassel, capable de dérider un gnome) que certains ont considéré le film comme une comédie un peu débile dans une esthétique baroque.

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Bosch, Memling, Brueghel, peut être même Dürer et Gustave Doré, la direction artistique est inspirée

Alors oui le scénario ne vole pas très haut, on peut vaguement lui rattacher, comme le veulent les textes à l’origine, une morale qui serait pour chacune des parties : ne laisse pas ton instinct maternel devenir destructeur, ne ment pas pour une vie meilleure, ne cultive pas le quotient intellectuel d’un balais brosse. Et j’ai attendu en vain le moment où les trois histoires interagiraient entre elles, mais en l’état Tale of Tales excelle dans sa volonté première : Matteo Garonne en néo-troubadour nous effraie et nous amuse en nous présentant des situations tour à tour comiques, épiques, grotesque, poétiques et violentes. C’est pour ces grands moments d’imagerie merveilleuse qui reviennent à l’essence du conte oral tel qu’il l’a longtemps été avant l’invention du cinéma que j’aime ce film et c’est cette intention que je salue bien bas. 

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Le film est quasiment un OVNI dans la filmographie de Garrone, mais je serais tenté d'y voir un parallèle avec Pasolini : les deux réalisateurs ont commencé par parler des petits truands (Accattone et Mamma Roma pour Paolo, Gomorra pour Garrone) avant de se lancer dans des oeuvres de la littérature italienne, le décaméron pour le premier, le Pentameron ici. Sinon je trouve cette affiche alternative magnifique.

Tale of Tales

Doté d’une direction artistique qui tabasse sa mémé

Pour les plus jeunes, la violence est d’autant plus renforcée par le cadre merveilleux dans lequel elle apparaît

Renforcé par une photographie travaillée

Exceptionnellement bien écris, j’aurais aimé plus d’interaction entre les trois récits

Pourvu d’un sacré casting, même si les personnages sont au final assez simpliste dans leur écriture

L’idée que l’on se fait d’un film « type » de la compétition cannoise, on ne va pas s’en plaindre

Onirique, le film va loin dans sa volonté de ressembler à un conte

Pour un public allergique à l’héroïc fantasy ou qui a détesté le Décaméron de Pasolini

Beau et c*n à la fois

Monstre festival de Cannes Adaptation

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