Ni le ciel Ni la terre

La guerre comme vous l’avez rarement vue 

Film vu dans le cadre du 68ème festival de Cannes, critique à chaud en sortant de la salle ici

Certaines expériences ne donnent pas satisfaction tout de suite. Il faut du temps pour pouvoir les apprécier à leur juste valeur. Cette constatation est quelquefois vraie en matière de cinéma et le premier long métrage de Clément Cogitore en est l’exemple frappant. Car, en dépit de tout ce j’ai pu dire durant le festival sur ce film, 4 mois après il me reste un souvenir impérissable de cette œuvre atypique qui ne plaira pas à tout le monde.

L’histoire c’est celle du capitaine Antarès Bonassieu et sa section engagés dans la guerre d’Afghanistan. À quelques jours du retrait des troupes, Ils sont affectés à une mission de contrôle et de surveillance dans une vallée reculée du Wakhan, frontalière du Pakistan. Pour autant, leur quotidien n’est composé que par la solitude, l’ennui et l’attente du retour au pays. Mais une nuit, certains soldats se mettent à disparaitre mystérieusement dans la vallée. Bonassieu décide donc de tout mettre en œuvre pour les retrouver.

Ni le ciel ni la terre de clement cogitore avec jeremie renier 5417459

Ni le ciel Ni la terre n’est pas un film de guerre, du moins au sens classique (et bourrin) du terme, mais plutôt une croisée des genres où l’on retrouve aussi le thriller et le fantastique. On va très vite comprendre que nos militaires se retrouvent confrontés à un ennemi mystérieux tapi dans l’ombre des montagnes d’Afghanistan et ne frappant que de nuit. Pendant que les protagonistes basculent dans la peur et l’incompréhension, nous, spectateurs, sentons la tension monter.

La mise en scène (notament les magnifiques scènes en vision nocturne), la musique (qui s’adapte parfaitement à l’ambiance du film) et le jeu des acteurs (dont on retiendra surtout l’incroyable puissance de Jérémie Renier et de Kévin Azaïs) l’exploitent à la perfection en créant une atmosphère assez étrange. La quête frénétique d’Antares et de ses hommes va prendre des dimensions oniriques et mystiques. C’est à ce moment que le film dévoile son vrai sujet, celui de la croyance, dans son sens le plus large et diversifié (deuil, convictions, religion et entre autres). 

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Sauf que vous commencez à voir le problème car le fait de distiller une thématique aussi complexe au sein d’un film et sans perdre le spectateur,  relève presque d’un exercice d’équilibriste. Mais le film ne s’en sort pas si mal, dans le sens où Clément Cogitore et son co-scénariste Thomas Bidegain (Dheepan) ont l’intelligence de ne jamais sombrer dans la philosophie de comptoir ni dans la théorie pure. Pour autant, il n’échappe pas à la réflexion métaphasique et il y a des chances que vous soyez énormément déçu par la fin (même si je l'ai trouvé cohérente avec le reste du film : voire spoilers) car "Ni le ciel Ni la terre" laisse beaucoup de questions sans réponses.

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A tel point, que je peux concevoir que certains d’entre vous l’ajouteront à la liste des défauts du film. Ce n’est pas une grosse liste mais elle comprend des écueils (un peu trop) standards pour une première oeuvre (rythme irrégulier et manque de soin dans certains plans) et un premier scénario (personnages secondaires qui manquent de profondeur et quelques petites redondances).

Mais, à mon sens, ils ne sont que mineurs comparés à la richesse de cette œuvre car Ni le Ciel Ni la terre est un film qui nous prend aux tripes, nous questionne, nous marque  et résonnera en nous, de manière personnelle, longtemps après l’avoir vu. Si le cocktail vous tente, courez-y vite car des films de cette trempe sont bien trop rares dans le cinéma français pour passer à côté.

Spoilers/Spoilers/Spoilers/Spoilers/Spoilers/ Spoilers/Spoilers/

Bon, pour vous expliquer pourquoi j’ai aimé la fin, je dois vous la révéler (ainsi que quelques éléments de l'intrigue) donc pour ceux qui n’ont pas vu le film, votre lecture s’arrête ici. Je tiens à préciser que cette œuvre résonne de manière différente selon les personnes donc mon avis n’est que personnel et ce n’est en aucun cas une vérité absolue.

Avec le recul, j’ai bien aimé la fin. La décision d’Antarès d’abandonner les recherches et de faire croire que les soldats sont morts dans un bombardement aérien, qu’il a commandité, montre bien, à mon sens, ce que Cogitore veut démontrer. Ce dernier a cherché à montrer durant tout le film comment la notion de croyance est différente d’un peuple à l’autre voir d’un groupe d’individus à l’autre. En ce qui concerne cette entité mystérieuse, les villageois considèrent que c’est Allah qui est redescendu sur la vallée pour prendre les âmes des hommes endormis. Antarès, quant à lui, a du mal à y croire et va commencer par mener une sorte de mini guerre à ce village de civils et aux talibans, en pensant qu’ils sont impliqués dans la disparition; il va penser ensuite que les soldats disparus ont désertés, avant de se rendre à l’évidence que cette menace existe mais qu’elle est insaisissable. Donc, il va se sacrifier pour éviter que le reste de ses hommes soient rendus responsables de ces disparitions car ses supérieurs n’auraient pas cru à une telle histoire du fait que cela n’aurait pas pu, peut-être, correspondre à leur culture ni à leurs convictions, et de ce fait, cela nous laisse sur une réflexion finale: les décisions les plus absurdes ne sont-elles pas le fruit des belles histoires auxquelles on veut bien croire ?

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Ni le ciel Ni la terre

Un film qui parle de croyance dans tous les sens du terme

Sans quelques problèmes de rythme et de redondances scénaristiques

Une première œuvre qui nous prend aux tripes, nous intrigue, nous questionne et  nous marque

Qu'un simple film de guerre mais plutôt un mélange de plusieurs genres 

Doté d’une atmosphère très étrange due notamment à une mise en scène assez solide

Doté de personnages secondaires suffisamment approfondis

Très bien interprété, notamment par Jérémie Renier et Kévin Azaïs 

Une œuvre qui plaira à tout le monde du fait qu’elle garde un certain mystère sur certaines questions évoquées par le scénario 

Première œuvre d’un réalisateur à suivre de très près 

semaine de la critique Guerre drame fantastique France festival de Cannes

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