La loi du marché

Une juste récompense

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Vu durant le 68ème festival de Cannes: notre avis en sortie de salle ici.

Après le moyen « Mademoiselle Chambon » et l’émouvant «Quelques heures de printemps», l’histoire d’amour artistique entre le réalisateur Stéphane Brizé et Vincent Lindon continue avec «La loi du marché » : un drame social sur fond de pôle emploi.

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On suit l’histoire de Thierry, 51 ans, chômeur qui doit retrouver du travail pour subvenir aux besoins de sa famille, à savoir sa femme et son fils handicapé. Il va trouver et accepter un emploi d’agent de la sécurité dans un supermarché mais la mission officieuse que va lui confier son employeur va le confronter à un dilemme moral.

Bon, on va évacuer tout de suite toutes les polémiques annexes notamment celle que « La loi du marché» ne serait que le plagiat d’un court-métrage français, pour se recentrer directement sur le film. A première vue, le pitch ressemble plus à l’introduction d’un numéro de reportage, le magazine d’investigation de TF1, qu’ à un long métrage de fiction. Je vais vous rassurer sur ce point tout de suite, le film lui-même ressemble à un épisode de l’émission de la chaine privée. Globalement, on assiste à un enchainement de situations d’un réalisme saisissant, certaines parleront même à des personnes qui n’ont jamais eu à connaitre le chômage.  

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Par exemple, le deal d’un bien immobilier qui se transforme très vite en une négociation de marchand de tapis : un grand classique.

Sur le papier, le parti pris de Stéphane Brizé est intéressent et a pour but de renforcer la force de ce propos sociétal, mais sur la pellicule, cela ne fonctionne pas aussi bien que cela.Le gros problème du film étant qu’à force de vouloir faire primer outrageusement l’aspect documentaire sur la fiction, on n’arrive pas à éprouver la moindre empathie pour le personnage de Thierry.

Cannes 2015 vincent lindon se devoile dans le trailer de la loi du marche reference

La famille de ce dernier n’apparait que 15 minutes dans le film et ne fait à aucun moment avancer l’intrigue et elle est juste prétexte à justifier ses décisions. Une tentative scénaristique maladroite pour s’identifier au personnage ? Moi, je l’ai vu ainsi.

Le spectateur, qui ne sentira pas concerné par le parcours du combattant de Thierry, risque de trouver le temps long, ce qui fatalement le conduira par moment à sortir littéralement du film et son impact s’en trouvera considérablement réduit.

Maintenant, imaginons que l’on se trouve dans cette situation, que reste-t-il à sauver du film ? Pas grand-chose malheureusement. Je ne vais pas revenir sur le scénario qui repose principalement sur le parcours d’un personnage à l’écriture simpliste dans son évolution mais à la psychologie intéressante. La mise en scène, pragmatique et classique accentue très bien les moments de dramaturgie mais l’enchainement de plan fixe et de traveling camera à l’épaule enthousiasmera très rarement le spectateur. Il reste la direction d’acteurs qui s’avère être dans l’ensemble « pas trop mal ». D’un côté, on sent bien que la majorité d’entre eux sont non professionnels et que le tournage s’est déroulé durant un laps de temps très court, ce qui fait que 90% des interprétations manquent parfois de spontanéité et de justesse. Pour autant, on a de l’autre côté la présence d’un immense acteur.

Ce dernier s’appelle Vincent Lindon. Il ne joue pas Thierry, il est Thierry. Son jeu minimaliste et en retrait tire constamment le film vers le haut. On comprend aisément pourquoi il ne veut pas lâcher Stephane Brizé car j’ai l’impression que ces dernières années, il est l’un des seuls à comprendre le jeu de l’acteur et à constamment le mettre en dehors de sa zone de confort ce qui aboutit à des prestations impressionnantes. Le prix d’interprétation masculine est au final un prix logique et quelque part mérité. Mais, je dois vous avouer que, meme si je suis content pour cet acteur sympathique et talentueux, il n’était pas le favori de la rédaction.

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Rossy De Palma, membre du jury de la compétition 2015, a déclaré dans le Parisien qu’elle était « prête à se battre pour Vincent Lindon » ; moi j’aurais aimé partir à la guerre avec Benicio Del Toro , devenir fou avec Michael Fassbender et avoir le charisme et la présence de Vincent Cassel.

Après, est-ce que Brizé aurait pu faire mieux avec une approche différente? Déjà, on peut le féliciter de ne pas être tombé dans le piège du faux documentaire car on aurait été plus proche de la parodie que du film réaliste. Ensuite, on ne peut que constater qu’il aurait pu être plus subtil dans le traitement de son propos. Il aurait dû faire comme « Quelques heures de printemps», c’est-à-dire construire une véritable fiction autour de ce sujet d’actualité, ce qui aurait permis de toucher beaucoup plus de monde.

Pour autant, on ne peut pas s’empêcher de souligner son audace, car à défaut d’être un film réussi, il n’en demeure pas moins une œuvre nécessaire destiné à nous faire reagir sur certains aspects du monde du travail et du marché de l'emploi.

Willard

La loi du Marché

Un film qui parle d'un sujet d’actualité  

Un film divertissant 

Doté d’une approche quasi documentaire

Un film qui aura un impact majeur sur un grand public (Alors que c’était le but de ce film)

Un film où Vincent Lindon nous montre toute l’étendue de son talent 

Assez subtil dans son traitement

La dénonciation d'une certaine vérité sur le marché de l'emploi et le monde du travail.

Un bon film 

Un film nécessaire 

Festival de Cannes 2015 Prix d’interprétation masculine Vincent Lindon Stéphane Brizé chômage sujet social drame France

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