Séances de rattrapage 2

Au cœur de l'Océan

L’adaptation romancée du livre revenant sur l’histoire qui a inspiré le roman plusieurs fois adapté.

 

« Ce qui ne te tue pas te rend plus fort », autant la formule tirée de Nietzsche sonne bien, autant je suis loin d’être d’accord avec. Pour moi, ce qui ne te tue pas à tendance à te foutre à terre pour un bon bout de temps si ça ne t’handicape pas à vie. Vous imaginez Jurassic Park ? Soyez réaliste une seconde et vous verrez les survivants rongés par la peur, se réveillant en hurlant chaque nuit, les petits-enfants haïr John Hammond pour ce qu’il leur a fait subir, bref tout ce que le ciné ignore pour nous donner une aventure avec un message plutôt positif. Au cœur de l’océan va à contre-courant de tout ça (enfin essaye), laissant ses héros traumatisés, amputés, brisés, sombrant dans l’alcool, devenant l’épave à laquelle ils ont échappé. Et c’est pas mal du tout.

554039 jpg r 640 600 b 1 d6d6d6 f jpg q x xxyxx

Spécial dédicasse à tous les thalassophobes !

On reprend, Herman Melville fait des recherches pour son futur roman Moby Dick (en résumé : plusieurs milliers de pages, un grand récit d’apprentissage où l’on suit un mousse dans sa vie à bord d’un baleinier faisant le tour du monde, commandé par le Capitaine Aschab, un homme à moitié fou campé sur sa jambe de bois qui ne cherche qu’à se venger d’un cachalot albinos géant ; probablement un des plus grands romans d’aventure jamais écrits), ce qui va le conduire à interroger le seul marin encore en vie de l’Essex, un baleinier ayant été coulé par un cachalot ayant fait la une des journaux des années auparavant. En échange d’une coquette somme d’argent, le vieux marin tourmenté va livrer sa confession de ce qui est réellement arrivé lors de ce périple.

454811 jpg r 640 600 b 1 d6d6d6 f jpg q x xxyxx

Je suis pas fan du côté reportage discovery channel qu'à la rencontre entre Melville et le survivant de l'Essex.

 Vous l’aurez compris, c’est là que le film commence, heureusement parce que entre Melville avec son look de jeune premier et capitaine Hadock dépressif, il n’y aurait pas eu grand-chose à se mettre sous la dent. Du coup au lieu de tout voir du point de vue du mousse (bim la cohérence), on suit Chris Hemworth, il est sympa avec tout le monde, courageux, marié et voulant rentrer à tous pris chez lui. LE héros héroïquement héroïque hollywoodien, l’officiel ; alors oui on a une forte empathie pour le personnage mais il y a presque un effet « too much ». C’est un des problèmes de ce film qui pourtant le compense à moitié.

241508 jpg r 640 600 b 1 d6d6d6 f jpg q x xxyxx

L'oréal, parce que je le vaux bien.

En effet notre héros est fils de paysan, ce qui lui vaut de courir sans fin après une place de capitaine dans une industrie noyautée par quelques grandes familles riches. Clivage social incarné par l’ainé d’un nom prestigieux, le capitaine Benjamin Walker (qui a pour lui d’avoir incarné Abraham Lincoln Chasseur de Vampire, film improbable mais bizarrement fonctionnel), un personnage aussi vicieux que celui d’Hemworth est franc, aussi renfermé que l’autre est populaire parmi l’équipage, aussi blond que l’autre est brun. Mais au-delà de ce duo gentil flic/méchant flic les deux hommes sont proches en ce qu’ils sont dévorés par l’ambition, le besoin de faire leurs preuves quitte à mener l’équipage à sa perte pour enfin devoir se dépasser, principalement dans le but de réparer leurs conneries.

C’est à travers ces deux personnages que l’on retrouve la vengeance d’Aschab qui faisait peser sur le roman le poids d’un être aussi fascinant que tourmenté, dommage que ce qui était radical dans Moby Dick reste en surface ici. Alors oui les personnages évoluent, mais ça reste bien faible ; vu le titre « Au cœur de l’océan », rappel évident d’«Au cœur des ténèbres » de Joseph Conrad (un roman ayant inspiré, entre autres APOCALYPSE FUCKING NOW) je m’attendais à une intensité supérieure. Comme je l’ai dit au début, les héros en prennent plein la gueule, mais le spectateur connaissant un peu le traitement hollywoodien de ce genre d’épopée humaine devinera assez facilement qui survivra. Le film est louable pour ça, mais j’aurais aimé qu’il aille au bout de ses idées.

239008 jpg r 640 600 b 1 d6d6d6 f jpg q x xxyxx

Gentil vs Mechant, le match du siècle.

Voilà pour le développement des personnages, maintenant pour être franc je ne suis pas allé au ciné pour voir Thor et Lincoln en maillot de bain mais plutôt pour la baleine géante promise sur l’affiche. Alors autant le film a le sens du rythme tout en étant servie par une photographie qui a ses moments de grâce, ce qui tombe bien vu qu’il met quarante minutes à balancer le premier cachalot, autant c’est vraiment dans les scènes de chasse que la caméra de Ron Howard se montre splendide. Suivant presque le roulis, elle fait monter la pression avec brio au sein d’une musique épique à souhait… vingt minutes sur un film de deux heures, vous êtes prévenu. C’est un peu décevant surtout que la bande-annonce ne met l’accent QUE sur ça… En fait c’est surtout une épopée humaine ce film. Enfin il y a quand même Moby Dick (bon techniquement ce n’est pas moby dick vu que c’est censé être plus « réaliste », donc c’est juste un cachalot vengeur autoguidé pour trouver et tuer nos héros aux quatre coins de l’atlantique pendant TROIS PUTAIN DE MOIS !). S’il met minable sans problème T-1000 feu mon poisson rouge gagné à la fête foraine, il m’a un peu posé le même problème que Godzilla dans la dernière adaptation en date : on ne le voit pas assez et c’est limite si après avoir tué et ravagé tout ce qui était à portée pendant une heure, on veut nous faire avaler qu’en fait il est gentil….

237289 jpg r 640 600 b 1 d6d6d6 f jpg q x xxyxx

Les scènes de chasse, chaotiques et brutales, sont splendides.

Au cœur de l’océan ça reste visuellement splendide, une grande aventure viscérale, prenante, épique à souhait, mais entaché de quelques tares ; la principale étant d’être un blockbuster hollywoodien avec tout ce que ça comporte de happy end et de valeur de courage ou d’amitié….

Contrairement à l’odyssée de Pi (certes plus onirique) qui avait réussi à trouver un équilibre entre le côté perdu en mer, l’aventure et l’émotion mêlée à des thématiques très noires, au Cœur de l’océan se cherche un peu sans jamais se trouver vraiment. Alors oui c’est bien, oui c’est épique, divertissant, plutôt captivant, mais on est loin de tous les thèmes brassés par Moby Dick, comme si s’attacher à la réalité n’était ici qu’un moyen d’éviter de se confronter à la grandeur de la fiction.

290545 jpg r 640 600 b 1 d6d6d6 f jpg q x xxyxx

Le film n'est pas DU TOUT pro-chasse à la baleine... Mais en sortant je me demande quand même que goût ça a.

 

SPOIL/SPOIL/SPOIL :

En fait ce que je reproche c’est que Chris Hemworth a constamment du bol pour éviter de le faire remettre en cause ses actes, par exemple au moment de devenir cannibale, sur son embarcation il y a un mort, permettant de leur éviter la scène de courte paille de l’autre bateau. Une manière de ne pas trop égratigner son vernis de héros en ne le forçant pas à sacrifier un membre de l’équipage pour sa survie. C’est ce genre de compromis permanent qui limite le film à un statut de divertissement convenable, ça et la baleine équipée d’un traceur GPS.

Lire la suite