Under The Skin

Peau de chagrin

 

« Une extraterrestre arrive sur Terre pour séduire des hommes avant de les faire disparaître. »

Je n’aime pas en dire trop dans mes articles sur le scénario du film en question, mais cette petite phrase constituant le synopsis d’allociné en résume 80% tout en y ajoutant des clefs pour le comprendre. Ce qui est amusant, c’est qu’un navet de 1995 : La Mutante, a le même scénario, c’est fou de voir à quel point les deux films sont opposés dans leur traitement du sujet.

« Une extraterrestre », pas n’importe laquelle mais LA Scarlett Johansson (appelée Laura uniquement dans le générique, donc Scarlett dans l’article), Pin-up plantureuse aux formes pleines et rebondies qui rentre dans la peau d’une veuve noire au sens premier cette fois-ci. Le choix est intéressant car dès le départ une réflexion se pose sur l’attirance et ses dangers, la sex symbol étant ici une plante carnivore attirant les noctambules lubriques pour mieux les dévorer en les engluant lors des meilleures scènes du film. Le dernier long métrage fantastique à autant flirter avec ce sujet, par la dualité entre sa plastique parfaite et le monstre froid qu’elle abrite, l’angoisse de la castration dans la découverte pour Scarlett de la sexualité, est pour moi le mal aimé Teeth (2007, Mitchell Lichtenstein).

Under the skin1 La fourrure, ça fait autant prédatrice que p*te hongroise

« Arrive sur terre » à peine suggérée par quelques lumières dans le ciel. Le genre science-fiction rattaché au film n’a aucune importance, quelqu’un le voyant dans quelques mois à la télévision pourra parfaitement s’imaginer Scarlett comme issue d’une expérience de laboratoire ou être un succube. L’essentiel, c’est ce que cette extériorité à notre monde suggère. Scarlett est une observatrice insensible au départ même face aux événements les plus cruels (la plage) avant d’un peu et à peine évoluer au contact de cette humanité qu’elle fixe de ses beaux yeux vides. Spectatrice elle aussi de cette Ecosse dont le réalisateur ne nous présente que deux facettes : des magnifiques paysages de carte postale brumeux dans des plans contemplatifs en opposition à des villes sales remplies de punks/attardés libidineux/arriérés filmés en caméra caché via un go pro.

« Pour séduire des hommes avant de les faire disparaître » les hommes… Tous de beaux spécimens de crétins solitaires prêts à se jeter dans la gueule du loup pour une paire de seins rebondis. Scarlett n’est pas difficile d’ailleurs, habillée en conséquence, décolleté style « Grand Canyon » et lèvres rouge vif, elle n’évoluera qu’a sa rencontre avec un Elephant man (d’accord, il y a un roman à la base, « Sous la peau » de Michel Faber dont le réalisateur s’éloigne énormément, mais cette scène EST un hommage appuyé à David Lynch dont l’aura plane sur tout le film). Mal dans sa peau, elle prend conscience de son état et s’éloigne (dans une fabuleuse transition) de sa mission de base pour se découvrir. Mais dommage qu’elle, si sensuelle et séductrice devienne brusquement un automate à la limite de l’autisme dans ses rapports aux autres. De même, la scène finale semble détachée du reste du film, la désagréable sensation qu’elle aurait pu intervenir une demi-heure avant ou après s’impose alors que l'on bascule enfin dans le genre du film d’horreur que l'on semblait éviter jusque-là ; presque par snobisme malgré quelques petites touches qui ne trompent pas (la menace sourde du motard chaperonnant sa « récolte » et la transformation en pâté pour E.T. au relent de The Wall d’Alan Parker, 1982). Toutefois la musique, un unique air strident de violon parfois agrémenté de sons rappelant la scène vue (aboiement, pleurs, bruit étouffé de conversation) désamorce bien vite toutes les séquences un peu dérangeantes que sa présence annonce.

1920 uts 4 Cette eclipse de Bagel noir est-elle un hommage mou et moche à 2001 ? probablement...

J’ai l’impression que le réalisateur annoncé comme nouveau génie, Jonathan Glazer qui signe ici son troisième film après 9 ans de pause, a voulu à la manière du 2001 l’Odyssée de l’Espace s’éloigner du matériau de base (un roman dans les deux cas) en épurant l’histoire au maximum pour aboutir à un film qui réussirait à transcender le spectateur. La notion de renaissance et de questionnement sur l’humanité étant ici aussi bien présente. Mais même s’il n’est pas inintéressant de par ses différents niveaux de lecture et quelques plans surréalistes très bien pensés, Glazer n’a ni le coté grandiose de Kubrick, ni la folie de Lynch ; et cette poésie aussi sensuelle que morbide n’a fait naître en moi qu’un « bof » blasé alors que je quittais la salle.


Sans titre 8

Pour revenir sur les différents symboles disséminés dans le film j’aimerais vous en donner mon interprétation, GIGANTESQUES SPOILS :

Under the skin 512x277Au départ la fabrication de l’œil de Scarlett est aussi une indication que le film va nous montrer le monde selon son regard. La fille que le motard récupère puis que Scarlett déshabille pour s’habiller elle-même est peut-être une ancienne « récolteuse » qui comme Scarlett s’est rebellée contre les motards. Sa larme fait écho à la larme finale de la tête de Scarlett avant son incinération. La fourmi étant en psychiatrie le symbole de la solitude (merci Old Boy) qui semble peser sur tous les protagonistes, elle symbolise aussi le passage de l’isolement qu’impose son rôle de tueuse. Les séquences de « noyade » ont un gros coté naissance inversé, en position fœtale dans un liquide que l’on hésite à qualifier d’amniotique, les victimes se font aspirer ne laissant que leur peau.

Le parcours de Scarlett est symbolique, elle est créée, naît au début du film, la rose pleine de sang pouvant signaler la menstruation et son évolution se fait au rythme de ses rencontres.Après les mâles sûrs d’eux qu’elle récupère, sa rencontre avec l’éléphant man, craintif et prisonnier de sa laideur lui fait prendre conscience qu’elle aussi est à l’intérieur d’un corps qui n’est pas le  sien et qu’elle va peu à peu essayer de comprendre. Son abandon de la camionnette et son départ dans la brume entament la seconde partie du film. Elle va alors tenter de prendre conscience de son corps, par le développement de ses sens (goût avec le gâteau, sa prise de conscience qu’elle a froid, le son avec la musique dont elle suit le rythme de ses doigts) et ses observations dans le miroir. Malheureusement n’étant pas humaine elle ne peut manger et les plaisirs de la chair lui semblent inaccessibles à travers le cliché de « on garde sa nuisette pour baiser même si on était à poil la scène d’avant ». Sa mort, en plus du symbolisme de la forêt souvent associée à la femme et ses mystères en psychanalyse, se fait par immolation : résurrection via la purification par le feu et donc une manière pour elle de trouver la paix de ses « meurtres » pour peu qu’elle en ait eu conscience… De même le coté combinaison de la peau qui l’entoure est un ultime rappel à l’insistance que le réalisateur a sur les habits, de l’effeuillage lors des scènes de « bains » au choix des vêtements et du maquillage en début de film pour permettre à Scarlett de « faire peau neuve ». Notre peau est ce que  l’on offre au regard du monde, de même que nos gestes et paroles, elle nous définit aux yeux des autres. La mort de Scarlett laisse partagé entre le soulagement de voir un violeur ironiquement tuer une femme fatale menace potentielle pour la terre, et la pitié de ce corps qui aurait de toute façon échoué à trouver sa place dans le monde. Laissant notre anti-héroïne, tout comme l’objectif de la caméra, être recouverte d’une neige immaculée à l’image de sa candeur. FIN DES SPOILS

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