Les portraits passionnés du grill : Paolo Sorrentino

Comment (ne pas) complètement passer à côté de Sorrentino ?

Dans une cour d’école, il y a toujours cet élève intelligent mais rebelle qui impose son propre style. Dans le monde du cinéma italien, ce garçon s’appelle Paolo Sorrentino et il déchaîne les passions en attisant la haine autant que l’amour sincère. A tel point, qu’en France il creuse, quasiment à lui tout seul, le fossé entre les Cahiers du cinéma et les spectateurs français. En même temps, pour apprécier ses œuvres, il faut accepter l’idée de rencontrer un réalisateur atypique. 

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This Must Be The Place (2009)

En effet, adhérer au cinéma de Paolo Sorrentino, c’est tomber amoureux d’un cinéma de personnages et de situations plutôt que d’un cinéma narratif (car les intrigues du cinéaste transalpin sont aussi épaisses qu’une feuille de papier). C’est accepter, entre autre, de traquer un ancien nazi avec une veille star du rock désabusée, retrouver un comptable assigné à résidence par la mafia italienne, replonger dans la nostalgie d’un vieux dandy mondain usé. C’est chercher au-delà des apparences car ce réalisateur a le don de rendre les grandes fêtes exténuantes et lassantes, sympathiques, certains salauds attachants, certaines bonnes âmes ridicules et  montrer les craquelures du vernis de la bourgeoisie italienne. 

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L'ami de la famille (2006)

Mais derrière l’irrévérence et l’ironie, Sorrentino recherche la sensibilité et la beauté non sans tomber dans certains excès. Le soin qu’il apporte à ses dialogues et à sa mise en scène en est le meilleur exemple. Pour le premier, le sens du verbe littéraire, parfois trop, n’est pas vain car quelques mots suffisent à  dépeindre les obsessions ou des traits de caractères de ses divers protagonistes. Pour le second, le cinéaste transalpin esthétise aussi bien le beau que la laideur et la vulgarité, mais il le fait avec une certaine grandiloquence qui sera souvent considérée comme du mauvais goût gratuit et vide. Pour autant, il y a chaque fois un sens, une ambiance, une ironie  ou une émotion aussi vive que pudique comme la séquence d’ouverture de "La Grande Bellezza" (son chef-d’œuvre que je vous conseille expressément de découvrir, si ce n’est pas déjà fait) qui installent le spectateur dans une magie romaine presque mystique ou des joutes verbales agressives filmées comme des combats de coqs dans les hémicycles des grandes institutions italiennes.18951292

Il Divo (2008)

Paolo Sorrentino nous donne toujours ce que nous attendons, de la fin tragique aux résolutions de quêtes en passant par des gestes désespérés. Même si la répétition de ses thématiques peut nous faire penser le contraire, c’est à chaque fois pour nous les présenter sous un autre angle et mieux nous toucher, comme par exemple lorsqu’il traite des ravages de l’usure du temps, de la nostalgie et de l’amour ainsi que de la célébrité éphémère. Il arbore un certain amour pour des acteurs qu’il dirige avec maitrise et à qui il confie de  grands rôles.  En effet, sans lui, aurions-nous pu connaitre aussi bien  le talent Toni Servillo ? La carrière de Sean Penn aurait-elle connu ce sommet excentrique qu’est Cheyenne? Ou encore, Michael Caine aurait-t-il pu obtenir un dernier grand rôle (après l’avenir peut nous réserver de belles surprises) ? Schermata 2013 04 18 a 15 44 56 656x391

La gande Bellezza (2013)

Mais malgré tout cela, il reste un point qui dérange, celui de voir dans le miroir du cinéma de Paolo Sorrentino celui du grand maitre italien Federico Fellini. En effet, le réalisateur de "This must be the place", ne s’inspire  de la filmographie du créateur de "La Dolce Vita" que pour mieux s’en affranchir car derrière les références, se cachent un autre sens, une autre morale plus sombre, plus triste. N’oublions pas que son attirance pour le cinéma de  son père artistique est arrivée sur le tard remplaçant un style baroque détonant.

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 L'homme en plus (2001)

Après, vous êtes libres de penser ce qu’il vous plait mais pour ma part et au risque d’être accusé de crime de lèse-majesté par certains, j’aime Paolo Sorrentino. Et, si je vous ai fait ce portrait, c’est parce que j’en ai marre de lire que ce grand cinéaste italien  est un imposteur ou le pire cinéaste au monde ;  si ces quelques lignes peuvent permettre à certains de découvrir ou du moins, redécouvrir son cinéma, mon pari sera gagné. Pour vous aider dans votre démarche, je ne saurais trop vous conseiller, de toutes mes forces, de voir puis revoir "La grande Bellezza" et "Les conséquences de l’amour", mais avant, il faut vous ruer en salle pour voir son "Youth" qui est à mon sens son film le plus accessible.

Et pour conclure je vous offre mon top de ses meilleurs films

  1. La grande Bellezza
  2. Les conséquences de l’amour
  3. Youth
  4. (ex-aequo) Il divo et The must be the place
  5. L’homme en plus
  6. L’ami de la famille 

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 Paolo Sorrentino

Un cinéaste aussi sensible qu’irrévérencieux

Le pire cinéaste au monde, loin de la

Une personne qui a un gout prononcé pour l’esthétisme et le beau verbe

Un metteur en scène qui livre des films vides de sens ou de mauvais goût

Un des artisans du renouveau du cinéma italien avec Matteo Garonne 

Un Frederico Fellini 2.0

Un réalisateur qui préfère raconter des personnages hauts en couleur et des situations justes qu’une histoire complexe.

Une personne qui mérite toute cette haine qui est faite envers lui

Un cinéaste à (re)découvir

drame comedie Italie Réalisateur Paolo Sorrentino

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