Les déceptions du Grill

Tous les films ne sont pas des chefs d’œuvres, loin de là; alors simple désappointement ou mise en garde farouche, cette catégorie est là quand de l'ardente flamme du cinéma ne sort qu'une fumée noire de crasse. Bref, voila les films pas top.

Je suis un soldat

Engagée Bourgoin

 

Film vu dans le cadre du 68ème festival de Cannes, retrouvez notre avis à chaud en sortant de la salle au bout de ce lien.

 

Je suis un soldat est, comme son titre ne l’indique pas, un film sur le trafic de chien, sujet qui n’indique pas non plus son ambition d’être un drame social pur et dur.

Pour commencer j’évacue ce qui sert quasiment de sous-titre au film : oui Louise Bourgoin casse (enfin) son image de bimbo excentrique qu’on pourrait qualifier de rafraichissante dans un manque flagrant d’imagination, prouvant magistralement qu’elle assure et pas qu’un peu dans un registre réaliste. À aucun moment on ne sent une once de légèreté pouvant rappeler la Louise de l’amour dure trois ans ou Adèle Blanc-Sec, ici c’est serious business assumé et surtout maitrisé. Sinon Jean-Hugues Anglade en gérant véreux de chenil est excellent dans un rôle de truand bourru mais comme ça fait trente ans qu’il est dans ce registre ça étonne moins. En tout cas le duo fonctionne, le reste du casting aussi ; le seul problème c’est qu’on ne peut pas en dire autant du film dans son ensemble.
 

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Regard digne et dur, couleurs froides, dos courbé, ouais on va se faire chier.
 

On commence par Sandrine (Louise Bourgoin) qui passe par le pénible exercice de l’état des lieux à la sortie de la location de son appartement sur Paris. La caméra est sur elle, l’agent immobilier apparaît peu, quasiment réduit à une voix froide et autoritaire qui égrène ce qui sera retenu (injustement) de sa caution. Le thème est donné : on suit Sandrine, 30 ans chômeuse, luttant comme elle peu face à une société visiblement hostile qui ne fera que la rabaisser elle et ses proches durant 90 minutes.  Ici l’ascenseur social ne semble non pas cassé, mais défoncé sans pitié à la batte cloutée jusqu’à l’aube par une bande de claustrophobes ultralibéraux qui iront fêter cette victoire dans une cave autour d’une bonne choucroute.
Elle rentre finalement chez sa mère qui héberge déjà sa sœur et son mari, au final son oncle lui propose un job dans son chenil, plaque tournante d’un trafic illégal de chiens, on va donc voir jusqu’où Sandrine est prête à aller pour… non même pas, elle se met dans le bain de suite en fait.
Bon donc on va la suivre pour trouver sa place dans ce milieu avec un petit côté thriller qui se développe… ah non désolé, ça c’est BullHead sorti en 2011… Euh, attendez que je me souvienne, ah oui elle va retrouver sa féminité avec le vétérinaire vendu qui…. Ah non, non plus… En plus il la drague avec la technique du naked man de Barney Stinson dans How I met your mother… Paye tes références.

 

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Le personnage de l'éleveur de Jean-Hugues Anglade, oncle dangereux, inflexible tout en ayant un petit quelque chose d'attachant, est à l'image du reste du film : sous exploité.


Bref, même à la fin qui, sans spoiler, m’a semblé pleine de sens mais tellement clichée et grossière qu’elle tombe à plat, je n’ai pas su déterminer où le film voulait aller. On a vraiment du mal à rentrer dans cette histoire, et ce ne sont pas les quelques pistes aussitôt lancées, aussitôt oubliée (la présence de la police, l’histoire de la sœur de Sandrine et de son mari qui tente de construire une maison, le vétérinaire ripou) qui relancent une intrigue qui au final m’a semblé bien creuse.
Le travail sur les cadrages et l’idée de souvent laisser Louise Bourgoin seule à l’écran sert le propos, c’est vrai et a été salué, mais quelle simplicité dans l’écriture ! Tout ce qui lui tombe dessus ou sur ses proches est dégradant ou injuste, et ces éléments saupoudrent le film avec le dosage d’un Houellebecq en manque d’insultes ; du misérabilisme, parfois gratuit.

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La photographie se résume à montrer une banlieue en zone rurale grise et moche de manière grise et moche, qui a dit déprimant ?


 Je suis loin de reprocher au film d’être un drame social, il y en a eu des bien meilleur dans le festival de Cannes 2015 à commencer par les Cowboys ou Dheepan, la palme (D’Audiard on peut aussi citer de rouille et d’os où le personnage principal, Matthias Schoenaerts, est hébergé par sa famille) mais dans je suis un soldat il n’y a aucune finesse, juste une accumulation du plus déprimant du quotidien sans but précis et cela jusqu’à la fin qui a presque le culot de lorgner vers la leçon de vie sans queue ni tête. Alors oui ce n’est pas manichéen, mais c’est tellement gros que l’on n’y croit plus. Sandrine est foutue, on l’abandonne rapidement à son sort dont elle ne se dépêtrera pas par un mélange de soumission, d’envie de s’intégrer et de fatalité scénaristique.

Louise Bourgoin a beau être excellente, cela ne suffit pas à porter le film, on s’ennuie ferme entre les sous intrigues qui ne mènent à rien, le contexte social que n’auraient pas renié les auteurs de Remi sans famille et la partie trafic de chiens sous-exploitée.

 

 

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