Les déceptions du Grill

Tous les films ne sont pas des chefs d’œuvres, loin de là; alors simple désappointement ou mise en garde farouche, cette catégorie est là quand de l'ardente flamme du cinéma ne sort qu'une fumée noire de crasse. Bref, voila les films pas top.

Marguerite & Julien : l'autopsie

Cannes, Mardi 19 mai 2015, 13h35

 

Seul un soleil brulant nous attendait à la sortie du palais. La foule dense semblait ne pas exister alors que je m’extirpais de ce conglomérat de cinéphiles pour m’allumer une sèche à l’ombre d’un palmier. Mon regard se posa sur Willard, pauvre gosse, il ne méritait pas ça. Il avait de l’espoir, c’est ça qui l’a eu, l’espoir… mais même pour un vieux de la vieille comme moi, ça ne s’était pas révélé agréable, pourtant j’avais déjà vécu Sa majesté Minor de Jean-Jacques Annaud, Star Wars 1 de Lucas et Alexandre d’Oliver Stone. Des réalisateurs que j’aimais qui sont tombés dans le navet le plus infâme. Willard fait les cent pas, il est sous le choc. J’aimerais lui dire quelque chose, lui donner une claque sur l’épaule « Hey, c’est pas grave, viens on a A perfect Day à 16h à la quinzaine » ; mais non. Je me rappelle le briefing de la mission, quand il a dit « Valerie Donzelli à parfaitement sa place en compétition » et j’ai hoché la tête en signe d’approbation, J’AI HOCHE LA TÊTE, MA PUTAIN DE TÊTE. Les mensonges que je me raconterais dans les mois à venir en noyant mon cafard au fond d’un tripot quelconque ne changeront rien à l’odieuse vérité : Margerite et Julien est un douloureux échec.

 

Zqze

 

Paris 30 Novembre 2015, 4h07

 

Six mois après, le mirage trompeur de la réaction à vif s’étant dissipé, c’est dans une harmonie corps-esprit totale que je constate en parcourant les avis sortis depuis que d’irréductibles gaulois ayant apprécié l’expérience résistent encore et toujours au flot de critiques négatives déferlant sur le film. Je n’en fais pas partie.

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J'avais dit à Cannes que s'ils avaient un instinct de survie fonctionnel les producteurs auraient intérêt à filer le film à une équipe de monteurs sous stéroïdes pour essayer de rattraper le coup d'ici sa sortie en salles, je ne sais pas si la version dont je parle ici est celle qui sera disponible au cinéma. Qu'importe, ce n'est pas un miracle, c'est une armada de Jésus cocaïnomane qu'il faudrait pour arranger ça.

 

Rapport d’autopsie :

Nom de la victime: Marguerite et Julien

Suspect principal : Donzelli, Valerie

Complices probables : Jérémie Elkaïm, Anaïs Demoustier

Origine : Française

Budget : inconnu

Motivations : à définir

Modus Operanti : 110 minutes, 35mm et numérique (en mode je suis une vraie qui bosse à l'ancienne mais pas trop)

 

Alors que ma vieille blessure du Vietnam m’empêche de dormir (une escarre causée par un marathon Apocalypse Now, toutes les versions) et que je m’apprête à distiller mon fiel, le doute m’étreint. Ai-je le droit de haïr un film dont on m’a offert la projection au sein des seins, le palais des festivals en avant-première mondiale ? Oui, oui car personne ne me rendra ces 110 minutes de ma vie et que je me dois de donner mon ressenti, aussi exécrable soit-il, dès lors qu’il est un minimum argumenté.

Est-ce que j’étais programmé pour détester Marguerite et Julien ? Je ne pense pas, c’est vrai que je n’attends pas grand-chose du cinéma français en général mais j’ai aimé la guerre est déclarée (en 2010), pas le film du siècle mais assez original, un critique en manque d’inspiration le qualifierait sans doute de « rafraichissant ». Donzelli essaye, expérimente, à de l’audace, des qualités appréciables qui marquent une véritable personnalité artistique. De plus elle n’est pas une « fille de », elle a fait ses classes en tant qu’actrice avant de se mettre à la réalisation et porte la prestigieuse double casquette de scénariste-réalisatrice, encore une preuve de son implication dans ses projets. Mais tout ça, toutes ces petites preuves du fait qu’elle aurait été capable de faire un film correct sont pour moi d’autant plus d’éléments qui viennent aggraver son cas : Valerie Donzelli aurait dû être consciente à un degré plus ou moins élevé de ce qu’elle faisait. Ce qui m’amène au défaut numéro un : l’absence totale de recul sur son projet.

 

Pièce à conviction 1 : Le Scénario

 

Alors ça va spoiler, ceci est une autopsie donc forcément ça tache. Si vous voulez conserver un regard chaste pour voir ce film, ce que je vous déconseille fortement au cas où vous êtes par miracle tombé sur cette phrase sans avoir lu ce qui précède, n’allez pas plus loin.

Le film raconte donc l’histoire vraie de Margueritte et Julien de Ravalet, frère et sœur proches dans leur enfance qui sont séparés le temps des études de Julien. A son retour une dizaine d’années plus tard, leur passion s’enflamme et Marguerite est mariée de force, son frère vient la secourir, ils s’enfuient. Recherchés par tout le royaume (l’histoire se passant début XVIème), ils sont finalement rattrapés puis condamnés à mort pour adultère et inceste. The end.

 

On commence par crever un abcès et enfoncer des portes ouvertes : l’inceste, c’est pas bien vu.

Darty

"Mais si c'est bien l'inceste !"
- Darty

Alors oui, 21eme siècle, liberté des mœurs et de pensée, tout ça, mais il n’en reste pas moins que baiser sa sœur/son frère est, à première vue, parfaitement dégueulasse.

Attention ! Je ne dis pas "baiser sa sœur c'est dégueulasse", mais "baiser sa sœur/son frère est, à première vue, parfaitement dégueulasse". Ce "à première vue" est crucial dans mon raisonnement, je ne juge pas la pratique, je juge la perception que l'on a encore aujourd'hui de cette pratique. Je suis convaincu qu'il est absolument impossible de présenter un couple incestueux sans y aller avec un minimum de finesse dans la construction des caractères, surtout si l'on montre un amour naissant. 

On va prendre un exemple : la série télé Game of Thrones a un couple frère/sœur parmi ses personnages centraux et la révélation de leur liaison est LA scène choc du premier épisode de la série, annonçant franco que l’on est dans un récit amoral, violent qui brise beaucoup de tabous. De même au cinéma ce genre de relation est rarissime et a toujours un aspect négatif, dans The Crow c’est une manière de caractériser les antagonistes, dans Map To The Stars de Cronenberg c’est un traumatisme particulièrement marquant pour l’héroïne (Mia Wasikowska).

 Ici, c’en est presque dérangeant de voir non seulement les deux héros, mais aussi tous ceux qui les entourent se résigner en quelques instants… Ok je veux bien que tous les protagonistes soient des épicuriens au dernier degré en pleine promotion d’une maximisation du bonheur collectif (même l’oncle curé), mais bon, ça fait bizarre une telle banalisation d’un tabou traité avec un premier degré absolu.

Donzelli passe-t-elle à côté de son sujet ? Non, elle trébuche dessus et tombe tête la première. Son thème est celui de l’amour impossible mais le problème est que si l’amour est impossible pour une raison qui paraît aujourd’hui absurde (comme le fait d’appartenir à deux familles rivale pour citer le classique Roméo et Juliette) on a de suite une forte sympathie pour les amants, si la raison est celle des liens du sang, cela fonctionne beaucoup moins, on finit même par trouver ça dérangeant.

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Donc désordre interne, voyons ensuite ce qu’il y a d’autres… Aie… Malformation congénitale du squelette du film.

Marguerite et Julien (que je vais finir par surnommer Bob tellement c’est long à écrire) commence par une scène d’introduction pop et rythmée où les deux tourtereaux courent dans les bois en se tenant la main poursuivis par la milice locale. Visages souriants, semblant inarrétables. Leur fuite est soutenue par une musique décalée mais entrainante posant l’esthétique branchée du film, ces deux minutes sont biens. Soudain révélation ! Cette scène était racontée par des fillettes dans le dortoir d’une pension d’après la rumeur selon laquelle Marguerite et Julien auraient été aperçus en ville, s’ensuivra une scène assez gênante où elles miment toutes un coït qui m’a fait me dire que Marguerite et Julien est un film destiné aux jeunes filles et aux monsieurs qui aiment les jeunes filles. Passons. Un petit groupe se forme et l’on les verra alors raconter l’histoire à tour de rôle, on revient donc de temps en temps dans ce cadre où les jeunes filles réagissent aux événements puis reprennent le cours du récit.

En soi le choix d’un récit structurant n’est pas mauvais et va de pair avec le style conte moderne que Donzelli a voulu insuffler au récit, de Forrest Gump à Titanic nombreux sont les films à avoir adopté avec justesse ce type de narration façon mille et une nuits. Fixant le « présent » à la nuit où les jeunes filles se racontent l’histoire et les événements qu’elles évoquent comme « passé ». Sauf qu’ici on s’en branle, mais genre longtemps et fort.

Si au début cette narration est adoptée, au bout d’un moment Donzelli a dû se rendre compte qu’il y avait une erreur en ce qu’elle montre la capture puis l’exécution du couple, incompatible avec le présent des jeunes filles où le couple est toujours en cavale. Donc après à peu près la moitié du film les jeunes filles disparaissent purement et simplement, comme un vase cassé qu’un gosse planque sous le tapis en espérant que personne ne le remarque…

Truffaut

Marguerite & Julien est un peu présenté comme "l'ultime chef-d'oeuvre jamais réalisé" de Truffaut, je sais pas pourquoi, je pense plutôt que François avait compris que ce projet sentait la m*rde.

Le scénario avait, à l’origine, été écrit par Jean Gruault pour François Truffaut (pour rappel respectivement scénariste et réalisateur de la nouvelle vague), Truffaut « abandonne » le projet en 1973 - à mon avis il a dû sentir que même pour lui l’inceste c’est trop casse-gueule – et Donzelli le récupère en 2015. N’ayant pas lu la version de Gruault je ne vais pas m’avancer à dire ce qui vient de Donzelli ou non, mais en tant que réalisatrice, surtout si elle s’inspire de la nouvelle vague qui a vu naître la politique des auteurs estimant qu’un film est avant tout la chose de son créateur, sa vision, on peut partir du fait que quand Donzelli laisse une telle faille dans son récit, c’est qu’elle l’a choisi ou n’a pas pu faire autrement.

Dans les deux cas c’est mauvais. Pire la scène d’introduction, que j’avais aimée, ne correspond à rien face à la suite du récit, ne s’insère nulle part. Au contraire la fuite se fait dans la discrétion et une certaine peur de la police, pas de battue, pas de sourire impudent à la Thelma et Louise… Bravo, t’as brisé la seule scène potable du film.

Sinon pour le reste, le scénario ne contient pas vraiment d’autres énormités si ce n’est des dialogues qui ne volent pas bien haut. Mis à part une mémorable scène dans une grotte, la seule où le couple se questionne sur l’inceste : « - Si on a des enfants je serais leur mère et leur tante ? – Ah ben oui. » qui révèle, s’il le fallait, toute la subtilité du propos du film.

 

Dvsd

Donzelli a mis des inséparables dans le film... Ce qui est bien c'est que quand elle fait une métaphore t'es sur de pas la louper vu qu'elles sont à peu près aussi discrètes qu'un quinze tonnes dans une crèche de Noël.

 

 

Pièce à conviction 2 : la mise en scène

 

Donzelli a un univers à elle, kitsch et flashy, quelque part entre le rococo et le bar tabac pmu, des anachronismes volontaires à foison pour donner un style unique et un côté intemporel à son histoire. Sur papier ça peut paraitre osé mais pouvant bien rendre, à l’écran ça pique les yeux. Imaginez une émission de relooking M6 s’attaquer à Versailles, mettre un baby-foot dans un manoir du XVIème, du mauvais gout généralisé qui n’épargne aucune scène. Je n’ai rien contre les styles à part mais ici cela pose plusieurs problèmes :

D’abord c’est fauché, ça ne rend pas bien, on dirait le pire d’une mise en scène moderne de théâtre bien décidée à massacrer un classique. On est à des lieux d’un Jean-Pierre Jeunet ou d’un Wes Anderson par exemple, deux réalisateurs avec des mondes à part qui arrivent à utiliser le kitsch sans faute de goût.

Ensuite ça a déjà été fait, dans les autres Donzelli en premier lieu (c’est son style même s’il se répète) mais surtout dans le Peau d’âne de Jacques Demy. Classique sorti en 1970 avec une Deneuve au sommet de son art. Inspiration d’ailleurs avouée dès les premières images de Marguerite et Julien qui présentent un hélicoptère (référence à la dernière scène de peau d’âne, culte), on se dit à ce moment que cela tient de l’hommage mais quand on revoit l’hélicoptère vers la fin du film pour emmener nos protagonistes on touche au plagiat. Enfin ce qui fonctionne dans Peau d’âne c’est que Demy avait parfaitement conscience de ce qu’il avait entre les mains, en faisant du film une comédie musicale il créait un décalage à la réalité, un second degré, qui rendait agréable cette esthétique de conte moderne pop. Le problème chez Donzelli c’est qu’elle présente un drame sur un ton léger mais parfaitement premier degré du début jusqu’à la fin. On est gêné par le côté cucul la praline de l’ensemble, d’une niaiserie sans nom. En gros là où Hazanavicius va par exemple nous montrer deux petits oiseaux se reproduire au-dessus d’un chalet au début d’OSS 2 pour se moquer par l’exagération de ce cadre bucolique et créer un gag, Donzelli serait capable de faire la même chose en trouvant ça poétique et à propos…

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Courage petite, il reste une heure de film !

On est au niveau artistique d’une gamine qui dispose des gommettes sur un collier de nouilles car ça fait zolie mais quand une adulte a le même comportement ça en devient vite gênant.

 

Pièce à conviction 3 : la réalisation

 

Donzelli, en plus d’avoir un univers particulier, a aussi une réalisation particulière. Plusieurs fois l’image se fige sans que l’on sache pourquoi. Plus signifiant, au moment où Marguerite va retrouver son frère on répète un plan où elle court plusieurs fois. Je vois ce qu’elle veut nous montrer par cet artifice, que sa course pour retrouver son frère lui paraît interminable mais est-ce pertinent de passer pour cela par un montage à la power rangers ?

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La phrase complète est "C’est gonflé fou et courageux de faire du cinéma d’outre-tombe." pour ensuite expliquer en quoi c'est raté... Les commerciaux c'est quand même des comiques quand ils s'y mettent.

Une des scènes qui m’a enterré est celle que je surnomme affectueusement le problème du cheval quantique :
Enfants, Marguerite et Julien dorment dans le même lit (tout-est-normal), Marguerite se lève et décide d’aller faire du cheval en plein cœur de la nuit (tout va bien ici aussi), elle descend voir tempête (ou éclair ou tornade, enfin un nom générique de canasson) qui est sous une espèce de serre (les écuries c’est pour les gueux). Mais malheur une fois dessus le cheval s’emballe et emporte la jeune Margueritte qui se met à appeler à l’aide, partent à sa rescousse son père et son frère. Bien sûr son frère a eu le temps de se lever, descendre, seller un cheval et rattraper puis dépasser son père ayant commencé à poursuivre sa fille (lui-même à cheval) pour enfin héroïquement récupérer Marguerite. Ah oui et cela s’est passé de jour, on n’est pas à ça prêt.
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Pardon, je suis allé me faire un café, mes doigts commençaient à brûler tandis que j’écrivais.
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Je n’ai même pas la force de pointer tous les défauts, encore une fois je comprends que Donzelli aie voulu montrer que Margueritte voyait son frère comme un héros mais bordel… T’as vraiment rien d’autre qu’un fantasme de gamine ? Alors oui tu veux faire du conte et tu t’en fous que ce soit une histoire vraie à la base, mais même dans les contes ils font pas ça ! Même dans Barbie : Aventures Equestres sur PC ils font pas ça ! Et oui j’ai fini ce jeu, j’ai réussi le mini-jeu de coiffe de crinière et j’ai trouvé la grotte magique derrière la cascade mais ça s’est révélé moins niais, prévisible et gênant que de regarder cette scène !

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Mais quand tu veux je me le refais plutôt que de revoir ce film

 

Bon je préviens à partir de maintenant j’écris avec du Béhémoth dans les oreilles.

Ah mais il y a aussi la scène où Julien croque le fruit défendu ! Pendant un repas organisé par les parents Ravalet qui voient le petit fils chromosomiquement instable arriver afin que Marguerite rencontre son futur époux en prévision d’un mariage arrangé (on rappelle que l’histoire se passe dans une famille noble du XVIème, oui Donzelli a gardé ça), Marguerite s’en va et ne revient pas. Julien va la suivre et voilà qu’ils se retrouvent dans le grenier à jouer à « essaye de deviner quelle lettre je forme sur ton dos » et à « celui qui laisse le plus gros suçon ». Au bout d’un moment le reste de la tablée se demande ce qu’ils foutent et viennent les chercher, ce qui est dommage, 5 minutes de plus et ils jouaient au docteur. C’est à ce moment-là que les deux en sous-vêtements tentent d’expliquer que tout est normal (et ma main dans ta…), visiblement ça ne leur avait pas traversé l’esprit qu’on pourrait les surprendre s’ils s’en allaient entre la poire et le fromage.

Je… Non rien…

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"On ne faisait que jouer" ouais pareil pour Hitler et la Pologne.

La fin… Les amants sont condamnés à mort. Ils s’échangent leurs derniers mots « - Toujours. – A Jamais », Willard cria alors Pyramide et je l’en remercie du fond du cœur. Enfin (enfin, ENFIN), Julien va sur le billot puis Marguerite, entre temps Marguerite est morte, son cœur s’est arrêté au même moment que celui de Julien (tu la sens ma grosse finesse ? Attend je vais m’essuyer sur ton front avec quand j’aurais fini). S’ensuit une scène montrant du magma et des vagues où en voix off Marguerite & Julien dans une simili prière expliquent que leur amour est éternel et transcende le temps et l’espace.

Je résume, après une heure cinquante d’envolée pop, d’esthétique ringardo-bucolique et de pseudo drame d’époque on finit sur du sous-Terrence Malick et des considérations philosophiques digne d’un poème imprimé au dos d’une carte postale présentant un chaton dans un panier.

Ce film est un condensé de scènes douteuses à la base filmées et montées à travers une foule de tics de réalisation dans un emballage suintant de guimauve. Je suis intimement persuadé que l’on tient le Flash Gordon de notre siècle.

 

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Ce film est, entre autres, une tentative contre nature de nécromancie du film de cape et d'épée. Sinon j'aime bien le style de cette affiche.

 

Pièce à conviction 4 : les acteurs

 

Et Marguerite et Julien eux-mêmes, parlons en puisque le reste des personnages sont sous exploités au possible, résumés à leur rôle à l’image des policiers tous interchangeables, moustachus en costume de chasseurs alpins. Ou à l’image du frère de Marguerite et Julien, quasiment invisible ; le pire c’est qu’historiquement l’histoire se passe dans une fratrie de neuf enfants en plus de Marguerite et Julien, même réduit à un seul personnage il reste sous exploité. Même pas la foi de parler du gamin au look d’un orphelin de Dickens qui aide Julien lorsqu’il va enlever Marguerite à son mari puis disparait du film.

Bref Marguerite c’est Anaïs Demoustier, des yeux de biche qui se baladent chez Ozon et Tavernier ces dernières années en commençant à se faire remarquer. Ici elle joue un personnage résumé à sa fascination pour son frère, rien ne compte. Elle est obnubilée par cette idée au point de ne rien faire d’autre, regard mouillé pour l’objet de son affection, moue boudeuse le reste du temps. Elle n’est pas mutine, elle est monomaniaque. On est un peu en deçà du jeu de Kristen Stewart dans Twillight. Ce film est une division par zéro.

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Julien, Jérémie Elkaïm, pour reprendre le mot de Willard « a ici le charisme d’un mur ». Difficile de lui donner tort, si autant Anaïs Demoustier oscille entre deux expressions, ici à part regarder droit devant lui on ne peut pas dire qu’il fasse grand-chose d’autre. Je pense très sincèrement qu’un poster de Ryan Gosling sous Xanax aurait pu faire le même travail. Quelque chose de vraiment dérangeant est qu’il est le mari de Donzelli, père de ses enfants, acteur et coscénariste de tous ses longs métrages jusque-là, ce qui est souvent casse gueule quand un réalisateur confond famille et boulot. On pourrait citer plusieurs réals tombés amoureux de leur muse, mais par exemple quand Milla Jovovich joue pour Anderson dans un Resident Evil, il est capable de lui en demander beaucoup (elle s’est même pété le bras), quand Shery Moon Zombie joue pour Rob elle se donne à fond (il n’y a qu’à voir sa descente dans la folie dans Lords of Salem), quand Joel Coen fait jouer Frances McDormand (après presque trente ans de mariage !) dans Burn After Reading, il est capable de faire la part des choses, ne cherche pas à améliorer l’image de looseuse paumée et vieillissante qu’elle campe dans le film. Ici il y a une admiration pour Elkaïm qui transparait à chaque plan, elle veut montrer un amour fort et véritable mais là on est simplement dans une adoration très, trop, résolument trop, premier degré de cette vision détraquée imposée au spectateur de l’amour. Prendre son mari, pourquoi pas, mais en être aussi fasciné, en faire un héros absolu romantique au possible fait que l’on ne croit pas une seule seconde au personnage. Adorez le nous crie l’image, c’est tout, ça ne va pas chercher plus loin.


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Jérémie Elkaïm interprète ici :
A - La tristesse
B- La surprise
C- L'incomprehension
D- La mort cérébrale

 

Conclusion du rapport : Les intentions

Bob est le signe extérieur d’un système malade. C’est un pur produit d’une union incestueuse d’une réalisatrice qui avait la confiance totale de ses producteurs et de ses acteurs, personne pour lui dire de la lecture du scénario à sa présentation qu’elle allait droit dans le mur. Le fait qu’il soit à Cannes en compétition officielle je ne l’explique pas. Il parait que les sélectionneurs n’en ont vu que des extraits, c’est vrai que La guerre est déclarée c’était pas mal, que ressortir des placards un scénario d’une période phare du cinéma français et du festival ça donnait envie, que globalement les réalisatrices étaient à l’honneur cette année mais là on est devant un pur accident. Une suite d‘événements qui n’auraient jamais dû se dérouler simultanément pour permettre à ce film d’être créé sous cette forme, c’est un véritable gâchis de temps, de talent et d’argent.

Je ne remets pas en cause sa place dans la compétition, je remets en cause son existence même. De la banalisation de l’inceste à ses emprunts à d’autres films ayant fait la même chose en mieux, Peau d’âne en tête, en passant par son esthétique de mauvais goût n’ajoutant rien au propos et son duo d’acteurs qui n’ont jamais été aussi mauvais, il n’y a rien à sauver. Ce film est le cas d’école de l’aveuglement d’un créateur, plus que la prélogie Star Wars ou Minor de Jean-Jacques Annaud, Donzelli se rate sur absolument tout.

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Une des premières versions de l'article.

Ce qui m’étonne encore aujourd’hui c’est qu’il y avait tellement de raisons pour que ce film soit juste un peu mieux, tellement de choses qui isolément auraient pu être traitées avec justesse, que j’ai du mal à croire que le résultat soit si mauvais. Ce n’est pas un Sharknado ou un Human Centipede volontairement conçu pour être pitoyable dans une démarche cynique. Ce n’est pas un film qui affiche sa médiocrité, c’est l’aboutissement de la vision d’un créateur avec des œillères qui a, par une conjoncture inouïe, une chance sur un million, s’est foiré sur absolument tout.

Je pense que ce film est à voir pour quiconque veut faire du cinéma comme un avertissement, son futur se fera sur Nanarland et pas ailleurs, je l’espère sincèrement pour le niveau de ce que l’on est en droit d’attendre du cinéma.

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