Les déceptions du Grill

Tous les films ne sont pas des chefs d’œuvres, loin de là; alors simple désappointement ou mise en garde farouche, cette catégorie est là quand de l'ardente flamme du cinéma ne sort qu'une fumée noire de crasse. Bref, voila les films pas top.

Back Home

Telephone Maison


Film vu dans le cadre du 68ème festival de Cannes, nos réactions en vidéo ici.

Sinon je n’avais pas la foi d’écrire cet article, du coup ce qui suit est une retranscription d’un entretien téléphonique avec Willard.

 

Willard – Tu fais Louder Than Bombs cette semaine ?

Alcide – Il sort ? je l’ai pas vu au programme.

W- Si, c’est Back Home, ils ont changé le titre.

Al- Pourquoi ? En plus les premières pubs ciné datent genre de mai dernier.

W- Pour les attentats je crois…

Al- Pas con. Mais du coup ils avaient rien d’autre qu’un titre anglais pour traduire un autre titre Anglais ?

W- Je sais, c'est pas terrible, mais faudra que tu arrêtes avec ça un jour.

Al– Jamais.

W– …

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L'affiche française, remarquez qu'Isabelle Huppert est mise en avant (photo et au son nom bien au centre), sinon j'aime beaucoup cette composition qui donne presque un aspect fantomatique à la mère, rappelant le thème de son absence.

 

Al– Ouais mais je sais pas trop quoi dire, en plus ils axent toute la promo sur Huppert qui apparaît dix minutes à tout casser sur deux heures de film.

W- J’en sais rien, le fauteuil m’a pris en traître et j’ai pioncé.

Al- Faut dire qu’à Cannes j’avais tactiquement remplacé mon sang par du Redbulll ; ben en résumé c’est le fils ainé qui vient tout juste d’être papa qui rentre chez lui dans une banlieue américaine ultra clichée. Tu sais le refuge de WASP classe moyenne, celle-là même de Desperate Housewives, Gone Girl, Malcolm in the middle.

W- Ouais je vois, les maisons identiques, la pelouse coupée ras, le dimanche matin passé à nettoyer sa voiture et à organiser des barbecues.

Al- Exactement ! Voilà donc le gars revient là-bas pour aider son père à trier les affaires de leur mère décédée dans un accident de voiture. C’est Huppert qui la joue, c’est une photographe de guerre qui a un peu abandonné sa famille pour son boulot. Il en profite pour revoir son petit frère, un ado qui vit mal sa puberté, quelque part entre « j’arrive pas à parler aux filles » et « vendredi je vais me pointer à l’école avec un fusil à pompe ». 

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Le film est presque en deux parties, il commence par une mise en situation stylisée non linéaire avant de s'attarder sur le quotidien des personnages et perdre en intérêt.

 

W- C’est un film sur le deuil donc ?

Al- Oui mais non. Huppert est morte trois ans avant que ça commence, donc c’est plutôt sur ce qu’il se passe après, l’absence au long terme. Le problème c’est que j’ai trouvé ça assez mal foutu.

Par exemple le petit frère, il est boutonneux et il y a écrit sur sa tronche qu’il est perturbé, du coup c’est un geek qui passe sa vie sur un jeu en ligne –avec un gros placement produit de Elder Scroll Online, ils ont dû être deg que la sortie du film soit repoussée- il n’y a pas vraiment de finesse. Il court après une fille qui ignore son existence donc il lui écrit un texte de dix pages pour l’aborder, c’est un mec un peu replié qui vit dans son monde. J’ai trouvé ça un peu simple, on dirait un sous-Donnie Darko ou le fils du voisin d’american beauty en moins fouillé.

Pareil, son grand frère jeune papa, joué par Mark Zuckerberg…

W-  Jesse Eisenberg ?

Al- Exactement. La première scène du film c’est l’accouchement de sa femme et genre cinq minutes après il drague sans faire exprès son ex de lycée. C’est un peu facile.
Rebelotte pour le père, Gabriel Byrne, il joue une espèce d’ancienne star de film ringarde, genre David Hasselhoff. D’ailleurs il y a un running gag/meta-private joke où on voit des extraits d’une fausse ancienne sitcom dans laquelle il joue un médecin don Juan, comme une parodie de sa série « En Analyse ». Quelque part c’est plutôt sympa mais du coup ça en fait un personnage pas crédible, c’est censé être un père déphasé avec son fils mais là il est juste déphasé avec le film.

W- Et Huppert ?

Al – Comme je t’ai dit, elle apparait quinze minutes maximum. En plus c’est la mère absente, et plutôt que de nous montrer des flashbacks, on a deux ou trois souvenirs des personnages, une vague tentative de portrait en creux par les souvenirs que trie sa famille puis des plans fixe sur sa tronche avec un zoom, c’est l’idée de mise en scène de Joachim Trier pour montrer le regret d’une mère absente, je n’irais pas dire qu’elle est bonne.

W- Pourtant Oslo 31 aout c’était pas mal.

Al- C’est vrai, mais le problème c’est qu’on retrouve un peu des personnages en roue libre, mais le trio du père et ses deux fils fonctionne pas terriblement bien. A part éventuellement le gamin où l’on voit bien qu’il lui manque une figure maternelle, les deux autres ont refait leur vie. Alors certes il y a un parallèle tracé entre la carrière d’Huppert dont la spécialité est de capter par ses photos les populations après les conflits où la vie est « plus forte que les bombes » d’un côté et sa famille qui se réunit après sa mort de l’autre mais ce n’est vraiment pas assez poussé. En plus Oslo 31 aout il y avait un esprit quasi-nihiliste qui m’avait collé au siège, de même que pas mal de fulgurances niveau mise en scène. Ici à part quelques scènes oniriques, notamment celle du crash qui est dans la bande annonce, ça ne va pas chercher bien loin. Pire, il y a une scène de quinze secondes complétement délirantes avec des pom pom girl dont la mise en scène grandiose arrive de manière tellement aléatoire que c’en est limite grotesque, c’est dommage car du coup elle perd en intérêt. Visiblement Trier l’a bien aimé en plus, vu qu’il l’a mis sur l’affiche que tu peux voir en dessous.

W- Euh, en dessous de quoi ?

Al- Laisse tomber, je parle au lecteur, enfin bref, ami cinéphile, autant il n’y a pas de gros défauts et la mise en scène est remarquable, autant j’ai vraiment eu du mal à ressentir une quelconque force d’intérêt pour le quotidien de ces personnages. Reprenant les codes de beaucoup trop de films américain, s’éparpillant dans tous ce qu’il souhaite traiter, Trier a été soit trop ambitieux, soit pas assez. Au final c’est le genre de drame fourre-tout où on a l'impression d'avoir déjà vu chaque scène à l'avance tellement il brasse du rien.

Rien de mémorable.

W- Al ? Tu prends toujours tes pilules hein ?

Louder

L'affiche américaine, plus sibylline et épurée, au passage on note qu'Huppert disparaît. J'ai vraiment regrétté que le côté dur retour dans so foyer du photographe de guerre ne soit pas le coeur du film, notament le personnage de la photographe qui m'a fait penser pour plusieurs raisons à Kevin Carter.

 

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