Les déceptions du Grill

Tous les films ne sont pas des chefs d’œuvres, loin de là; alors simple désappointement ou mise en garde farouche, cette catégorie est là quand de l'ardente flamme du cinéma ne sort qu'une fumée noire de crasse. Bref, voila les films pas top.

Alice de l'autre côté du miroir

Miroir aux alouettes

 

Hiver 2009, Avatar premier de sa lignée relance la mode des films en relief en la consacrant commercialement. Dans les mois qui suivent, un tas de titres se sont vu affublé d'un 3D façon protubérance disgracieuse. Mal conçu, mal foutu, et assuré d’amasser les miettes sonnantes et trébuchantes en surfant sur la vague générée par le mastodonte de Cameron : le choc des Titans 3D, Resident evil Afterlife 3D (le plus gros succès de la franchise), Saw 3D, Piranha 3D… Dans cette tambouille impie un écho salvateur retenti, l’Arlésienne de Tim Burton : son Alice au pays des merveilles. Projet à la base censée être l’adaptation du jeu vidéo American McGee Alice (avec Marilyn Manson évoqué en reine rouge), version glauque et psychiatrique du Wonderland, pour au final revenir au tout public. À sauver : la direction artistique (2 oscars plutôt mérités), le travail sur les jeux de mots propres au livre et c’est tout.

 

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L'affiche est à l'image du film, elle met en avant sa direction artistique, plutôt travaillée, avec le dosage indécent d'un camionneur russe préparant une vodka on the rock.

 

Etait-ce de la déception quand des larmes de sang coulèrent de mes orbites fatigués ? Où alors est ce cauchemar récurent où un Johnny Depp chapelier dansant me poursuit en hurlant qu’il a bientôt fini sa traversée du désert grâce à Transcendance 2 ?

Un sujet en or transformé en étron à paillette. Résumant le monde si unique et spécifique d’Alice à un Narnia bis. Alors forcément avec la hype sur la 3D, le film a été un succès colossal, côtoyant le milliard de recettes et explosant la moyenne des Burton qui, sans être confidentiels, concernent plutôt ses fans. La machine est en marche, une suite voit le jour, toujours un budget flirtant avec les 200 millions, toujours en 3D. Le pire c'est que ça commence bien, une scène de bataille navale pas très originale mais rythmée, une arrivée du Wonderland qui fait de l'oeil au fans du roman avec le miroir ( encore heureux vu que c'est dans le titre) puis l'échiquier mais mes illusions de voir un semblant de Carroll s'est éclaté en même temps qu'Humpty Dumpty. Alice 2 est à la hauteur du premier : au ras des paquerettes.

 

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Notez l'espèce de vif-d'or qui ajoute une couche inutile de MacGuffin à l'histoire sur cette affiche qui plaide pour l'euthanasie de la carrière de Johnny Depp.

 

Le problème c’est que l’effet de mode est passé, la 3D ne vend plus ; les marvel sortent par exemple uniquement en 2D aux USA. 200 millions de dollars - enfin 170 concernant Alice 2 - étant devenu la norme pour les blockbusters, les chiffres à atteindre pour être rentable subissent une hémorragie façon barrage qui saute avec une publicité toujours plus agressive et coûteuse. On arrive ainsi à des deadlines fixées des années en avance, pour annoncer le film avant même que la moindre image ne soit tournée. Alice 2 à tout du projet bâclé, du cauchemar industriel où l’on sent un scénario charcuté par la production pour au final aboutir à une bouillie tout juste digeste, lançant des idées pour les abandonner dans la foulée à l’image de cette scène à l’asile, ou en donnant des résolutions ridicules à des enjeux déjà faibles. Alice est ruinée, le chapelier mourant ? On règle ça en une phrase. Il faut mettre en péril le monde pour voyager dans le temps alors qu’il apparait assez évident que le Temps possède une machine faisant la même chose et sans danger ? Et pourquoi inventer un personnage, le Temps,  alors qu’on a la galerie de tarés la plus originale qui soit dans ce livre, le charpentier et le morse n’étaient pas assez bien ?

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L'espèce de femme-légume en fond est inspirée d'Arcimboldo et n'a rien à voir avec une des innombrables créatures de l'univers d'Alice qui auraient pu avoir le même rôle.

Le pire c’est que je sais pourquoi ils ont fait ça, et que c’est même assez sensé. Contrairement à Alice 1 plutôt décousu, en traçant une histoire plus conventionnelle de voyage dans le temps aux rebondissements convenus dignes d’un épisode de mauvais dessin animé des années 90, ils ouvrent le film au public le plus large que possible. La logique bizarre du livre ne devient qu’un moyen de justifier les incohérences d’un scénario famélique. Ça et le message résolument féministe façon leçon de morale ringarde (et très con, du genre « fait ce que tu veux ça finira bien par marcher ») pourrait encore se faire oublier derrière l'esthétique léchée et le ton léger mais je ne peux pardonner qu’un budget aussi colossal, des acteurs aussi compétents, des années de travail par des techniciens qualifiés et une licence aussi forte aboutissent à un résultat aussi volontairement médiocre.

Alice de l’autre côté du miroir ressemble à une mauvaise fanfiction de quelqu’un qui a vu le Disney et n’est jamais allé plus loin que la quatrième de couverture dudit livre.

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Le dernier rôle d'Alan Rickman, Absolem la chenille.

 

Heureusement le public se réveille. Alice est un four monumental aux USA, ayant fait cinq fois moins que son ainé, rentrant tout juste dans ses frais avec l’international. Suivant la tendance des suites de blockbuster faisant toujours un peu moins quand ils ne se plantent pas avec violence (comme Blanche Neige 2 et le parpaing dans la gueule du monde réel). Comme un symptôme d’un système malade qui aurait tout intérêt à revoir sa copie, qui doit arrêter de prendre le spectateur pour un idiot en capitalisant sur un nom connu (tous les Disney en gros, Star Wars inclus) pour revenir  à des films laissant justement plus de place à l’audace et à l’imagination. Alice 2 est, je l’espère, le sanglant sacrifice en haut de la pyramide Aztèque. Pas glamour à regarder mais qui annonce de meilleures récoltes.

Comment ça, ça marche pas comme ça ?

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En voyant cette affiche en aout 2015, j'avais un tout petit peu d'espoir de voir un film plus sombre et intéressant. Je suis persuadé que la scène de l'asile est un des reliquats de cette vision pour le film mais contrairement à Burton qui a su se ressaisir, Alice 2 n'a pas compris qu'il donnait dans l'autoparodie.

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