Sicario

No More Heroes

 

Film visionné à l'occasion du 68éme festival de Cannes, notre avis en sortie de salle ici.
 

Je vais pas vous la faire à l’envers, Denis Villeneuve j’en avais jamais entendu parler avant 2013, bon j’avais Incendies dans ma liste des trucs à voir mais je n’avais pas encore repéré le nom du réalisateur, puis je me suis pris coup sur coup deux baffes avec Prisoners et Enemy sorti à quelques mois d’intervalle.

Deux thrillers lorgnant sur le film policier pour le premier et sur le mindfuck psychologique pour le suivant qui m’ont tous deux laissé exsangue, à peine capable de me précipiter sur la dose d’acide salicylique en comprimé sécable la plus proche (pas la peine de prévenir la brigade des stups, c’est juste de l’aspirine). En plus d’être des perfections du point de vue de la mise en scène, ces deux films enchainaient les retournements de situation au sein d’un scénario retors, surtout Enemy qui fait passer les questions entourant Inception et Shutter Island pour des devinettes carambar.

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Je suis fan de cette composition rappelant les années 70-80 en présentant un medley de personnages sur fond blanc.

C’est pour ça que Sicario j’y suis allé les yeux fermés (enfin pas littéralement, c’est un film donc ça sert un peu à rien de garder ses paupières clauses) en me renseignant au minimum sur le scénario, espérant me prendre de plein fouet le retournement de cerveau que 2013 m’avait apporté.

Du coup on va être bref : Emily Blunt est une jeune recrue du FBI (qui confirme du même coup ce qu’Edge Of Tomorrow avait bien établi, cette actrice est taillée pour les rôles de femme forte dans les films d’action) spécialisée dans la lutte contre les cartels de la drogue mexicain dans le sud des Etats-Unis. On va lui proposer de rejoindre une équipe qui intervient ce coup-ci en plein territoire ennemi, à Juarez de l’autre côté de la frontière là où les trafiquants règnent en maîtres, et surtout elle va devoir superviser Alejandro (Benicio Del Toro), un « conseiller » au passé trouble.

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Non non, je ne suis pas un film de guerre.

Voilà on en dit pas plus, ce serait criminel. L’important ici ce n’est pas du tout la relation entre Emily Blunt et Benicio, dont le personnage est quelque part entre Machete et Jason Bourne et dont je ne vais pas dire qu’il est dans son meilleur rôle vu que j’ai maté A Perfect Day et que c’est un chef-d’œuvre absolu (sortie en mars 2016), mais de montrer que les opérations de la justice n’ont pas grand-chose à envier à celle des cartels. C’est l’impact de cette vérité, que la réalité n’est pas tout blanc ou tout noir mais d’un gris douteux, qui va heurter de plein fouet la jeune recrue un brin idéaliste, surtout à travers Alejandro qui incarne à lui seul cette justice exécutive qui sait quand fermer les yeux.

Je parlerais bien de parcours initiatique à la façon de Clarisse Starling lors de sa rencontre avec Hannibal Lecter mais l’intelligence de la scène finale m’y retiens. Je vais rester sibyllin pour une bonne raison, Sicario n’est pas un thriller policier ou il y a les gentils d’un côté et un criminel à attraper de l’autre, on est dans une approche réaliste de la lutte contre les cartels bien plus proche de l’esprit d’un Zero Dark Thirty (le film de guerre sur la traque de Ben Laden par Kathryn Bigelow) que d’un Silence des Agneaux.

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Pas du tout un film de guerre, ça se passe au FBI et il y a même des voitures de police, promis.

Dans une ambiance rappelant Traffic (de Soderberg avec, oh surprise, Benicio) ou de certains passages de la série Breaking Bad tout en apportant une tonne d’idées nouvelles, haletante à en crever par une mise en scène parfaite, Sicario est sans problème le meilleur thriller de l’année (même si la compétition n’était pas très rude il faut l’admettre).

Donc jeu d’acteur exemplaire (à noter Josh Brolin en gros dur, comme d’hab depuis 15 ans quoi), mise en scène froide et millimétrée, musique discrète mais anxiogène pile comme il faut, réalisme de tout instant, non je n’y trouve rien à redire…

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Ce sont là des policiers en mission de routine dans un cadre urbain, pas du tout du cinéma post-Irak lorgnant sur le film de guerre

Enfin, ce qui m’a vraiment gêné, et c’est probablement dû au fait que j’en attendais vraiment beaucoup, c’est que si le scénario est certes excellent, il se laisse suivre sans trop réfléchir. Tout est bien écrit mais à l’arrivée il ne subsiste aucune question, si ce n’est éventuellement concernant le passé trouble d’Alejandro auquel un prequel devrait être consacré. Je n’ai pas vraiment eu la baffe attendue comme pour Enemy, la faute peut être à l’absence de scène iconique (il y a bien une extradition d’otage qui donne des sueurs froides mais qui dans le fond reste assez classique) ou à un montage que j’ai trouvé un poil répétitif dans la scène des tunnels (pas de spoil, c’est celle sur l’affiche) voire encore à une absence d'humour. Pris isolement Sicario est un thriller efficace et remarquable, pris dans la filmographie de Villeneuve, c’est un thriller efficace mais un poil en dessous de ses précédents films. Dur d’être le premier de la classe, en attendant courrez le voir, c’est de la (très) bonne.

 

PS : Avec Willard on était quasiment sûr qu'il aurait quelque chose à Cannes, vu que pas mal de membres du jury semblaient de son côté : Dolan est fan de Villeneuve, le père de Guillermo Del Toro s'est fait enlever par les cartels, le chef opérateur sur Sicario (Roger Deakins) a beaucoup travaillé avec les Coen et jack gyllenhaal était la star de Prisoners et Enemy.

Loin d'être rassuré Villeneuve à déclaré en voyant la composition du jury : "il n'y manque que ma mère".

Sicario

Le meilleur thriller de l’année

Un film policier mais un film de guerre (j’aime bien radoter)

Maitrisé et haletant de bout en bout

Pour moi, aussi bien que Enemy, à un poil prêt

Intelligent dans son propos, la justice n’est pas manichéenne

Sinon j’ai adoré

Avec Benicio Del Toro et Emily Blunt au top 

Mais vraiment, le loupez pas

 Irréprochable

Thriller festival de Cannes USA

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