Dheepan

L' injustice est réparée 

Film visionné à l'occasion du 68ème festival de Cannes : Le 9eme jour

Il m’aura fallu une séance, un jeudi matin 8h30 entouré par plus de 2000 festivaliers cannois pour arriver au constat qu’Audiard le grand a retrouvé le trône de ce beau royaume abimé que l’on appelle cinéma français. Le prince Kechiche regagna son rang de courtisan et l’envahisseur autrichien ne put cette fois-ci empêcher le triomphe du roi quelques jours plus tard. Pour autant, si son couronnement cannois était attendu et espéré depuis plusieurs années (depuis l’« Huppertgate » de 2009, pour être exact), il ne l’obtint pas avec son plus bel exploit.

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On suit Dheepan, un ancien soldat sri lankais (Antonythasan Jesuthasan) qui décide de quitter son pays accompagné d’une femme (Kalieaswari Srinivasan) et d’une jeune fille (Claudine Vinasithamby) qu’il ne connait pas. Cette fausse famille part pour la France, et plus exactement une cité sensible de la banlieue parisienne où l’ancien soldat est employé comme concierge. Sa volonté de vouloir construire un foyer à tout prix et la violence régnant dans ce nouvel environnement hostile vont réveiller en lui des démons intérieurs qu’il ne souhaitait plus jamais recroiser.

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En conciliant les thèmes de l’immigration et de la délinquance dans les cités difficiles, on savait dès la divulgation des premières informations sur ce projet, que le nouveau jacques Audiard allait diviser. L’auteur de « De Rouille et d’Os » n’y va pas avec le dos de la cuillère. Cette adaptation, extrêmement synthétique des Lettres Persanes de Montesquieu, semble dresser une critique sans concession de la France au travers des yeux d'un etranger (méfiance envers ces derniers, la violence des cités comparables à celle des exactions de dangereux renégats en pleine guerre civil sri-lankaise). Pour autant, le cinéaste chapeauté, n’a aucunement l’intention de rendre son film politique, il cherche juste à faire une fiction ancrée dans une certaine réalité sociale. On le voit au travers de sa construction car si la première partie est sans conteste un drame social, la seconde bascule dans une sorte de polar assez noir flirtant constamment avec le film de guerre et le Vigilante movie .

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C’est de là que vient son principal défaut, on a plus l’impression de voir deux films collés l’un à l’autre qu’une véritable continuité dans le récit. À qui la faute ? Je ne pense pas que cela vienne du scénario, car le traitement psychologique des personnages est très bien travaillé, les dialogues et les situations sont bien écrits et, malgré l’apparition et la disparition un peu maladroite d’un personnage secondaire, l’histoire reste plus que plausible et cohérente. Je pense qu'elle est plus imputable au montage. Dheepan a été terminé 8 jours avant sa présentation à Cannes, et je pense que la proximité de l’évènement a eu raison du soin qu’aurait nécessité la transition entre les deux parties.

Pour autant, Dheepan n’est pas mauvais, bien au contraire, car meme s’il n’atteint pas les sommets d’«Un Prophète », ni le niveau de maitrise globale de « De Battre Mon Cœur S’est Arrêté », il fait partie du haut du panier de la filmographie de son réalisateur.

Déjà Audiard signe sa plus belle mise en scène. De l’ouverture où l’on voit les crédits du générique transperçant un écran noir, dévoilant la première (sublime) image du film, jusqu’au plan séquence quasi-final de 5 min qui vous scotchera à votre siège, elle est belle et maitrisée, avec notamment la présence de quelques plans symboliques qui renforcent notre perception de l’histoire, et complétée par une direction d’acteurs impeccables.

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Ensuite, en parlant de ces derniers, le réalisateur a trouvé encore trois nouvelles perles qui sont promises à un grand avenir. Antonythasan Jesuthasan, ancien combattant tamoul, joue un Dheepan plus vrai que nature, il a réussi à capter la lutte intérieure de son personnage et à nous la faire ressentir de façon admirable. Kalieaswari Srinivasan et Claudine Vinasithamby ne sont pas en reste elles-aussi, très justes, leurs jeux apportent de la profondeur à leurs personnages.

Après, malgré ces qualités, on ne peut pas dire qu’il soit le meilleur film de cette compétition cannoise, The Lobster et Le Fils de Saul ont (presque) unanimement conquis les cœurs des critiques, du public et de la rédaction de notre site. Mais, à l’instar du précèdent Théo Angelopoulos au milieu des années 90, la palme d’or prouve une nouvelle fois qu’elle ne récompense pas nécessairement des chefs d’œuvres mais qu’elle récompense surtout de grands cinéastes.

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Il était un cinéaste grec qui a connu son heure de gloire dans les années 90, il avait remporté (seulement) le grand prix du jury pour son chef d’œuvre « Le Regard d’Ulysse » puis il remporta la récompense suprême du festival de cannes pour le très bon mais pas mémorable « L'Eternité Et Un Jour ». 

Willard           

Dheppan

Le film qui a gagné la palme d’or au dernier festival de Cannes

Le meilleur film de son auteur

Doté d une mise en scéne belle et maitrisé

Parfait (Ah !! maudit sois tu montage maladroit)

Porté par trois acteurs exceptionnels

( Tout à fait) Un film à portée politique 

Audacieux dans son traitement (entre drame social et film de genre)

Le meilleur film projeté en compétition officiel au dernier festival Cannes

Un très bon Audiard 

Palme d'or Jacques Audiard Antonythasan Jesuthasan Kalieaswari Srinivasan Claudine Vinasithamby polar festival de Cannes drame France

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