Festival de Cannes 2015

A Perfect Day, un jour comme les autres

M.A.S.H. 2.016

 

Succinctement, A Prefect Day c’est une ONG quelque part au fin fond de la Bosnie en 1995 cherchant une corde pour sortir un cadavre d’un puit. Réalisé par un espagnol avec un casting hollywoodien basé sur un livre à moitié autobiographique d’un membre de médecin sans frontière, et accessoirement c’est la comédie noire qui m’a le plus marqué ces derniers mois.

 

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Ce film est adepte de la transition jeep, quand on ne sait pas trop comment finir une scène on fait un plan de drone sur une jeep qui roule en envoyant une musique rock.

Ce film m’en a rappelé un autre, M.A.S.H. Un brûlot gagnant du festival de Cannes une année que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, présentant un groupe d’infirmier potache d’un camp américain qui voit passer les écorchés de la guerre du Vietnam. Extrêmement dur, infiniment drôle, le genre d’œuvre coup de poing qui t’offre le resto avant de te mettre à terre.

A Perfect Day, s’il n’a pas la portée politique de son illustre ainé de cœur, a surtout cette force inouïe qui te fait passer du rire franc à la boule dans la gorge en deux plans. Réaliste au possible dans sa présentation des rapports humains au sein d’une population meurtrie après un conflit. Guerre rarement mentionnée mais qu’une maison brûlée ou une carcasse bovine dans le champ évoquent en permanence. Vache crevée d’ailleurs qui passe du glauque au gag en un instant, le film marche dans les deux sens et le fait particulièrement bien.

 

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Revoir Tim Robbins m’a montré à quel point le monde a besoin de plus de films de Tim Robbins.

Ce petit miracle en soi c’est à son écriture solide servie par un casting qui l’est tout autant qu’on le doit : Benicio Del Toro, exceptionnel en chef de groupe se donnant un air blasé en attendant que son humanité le rattrape, Tim Robbins et ses cheveux blancs en arrière criant à quel point les années 80 sont loin mais étaient géniales, à moitié fou comme on les aime, la jeune recrue passant son baptême du feu incarnée par Melanie Thierry (une française qui tourne peu mais choisit bien ses films) et Olga Kurylenko, la James Bond Girl jouant ici particulièrement bien avec son image de femme fatale. A quoi on ajoute toutes les tronches plus vraies que nature peuplant leur quête, si vrai qu’il me semblait par moments que leur présence emplissait la salle d’une odeur de vodka frelatée (oui enfin peut être, je garantis pas que le phénomène est reproductible).

Le réalisateur, Fernando Leon de Aranoa, est un habitué du documentaire, expliquant son point de vue humaniste, réaliste de la guerre après la guerre. Après je ne suis pas fan de sa caméra à l’épaule tremblotant se pointant un peu trop souvent ni de ses plans en drones qui me font juste me dire : oh, regarde, un plan en drones (j’ai embrassé mon biceps gauche en écrivant ça). Par contre je respecte profondément sa mise en scène uber-chiadée, réfléchie, et son choix judicieux des gros plans quasi permanent sur ses acteurs. Une manière académique mais efficace de montrer que l’on s’intéresse aux personnes plus qu’à leur environnement.

 

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Plus qu'un Road Movie, les déambulations de nos héros sont surtout là pour nous montrer à quel point leur périple est harassant et... globalement inutile.

La présentation absurde de cette guerre réside dans l’écart entre les dialogues détendus et la situation plus que périlleuse qu’ils sont en train de vivre entre les villageois belliqueux (potentiellement alcoolisés), les combattants qui n’ont pas encore rendu les armes (potentiellement alcoolisés) et les mines antipersonnel (potentiellement alcoolisés). Ce conflit que l’on ne cite pas, image donc de la Guerre en général, apparaît grotesque, un drame stérile dans la vie des malchanceux qui l’ont subies, et c’est pas la fin certifiée 100% humour noir origine cynique contrôlée qui me contredira. L’homme, qu’il tente d’aider ou de tuer, ne sert au final pas à grand-chose ; plus noir que mon café noir (deuxième bisou).

A Perfect Day je l’ai aimé, j’ai vraiment ressenti tout ce que la troupe ressent, leur frustration de ne pas pouvoir aider plus, leurs petites victoires, leurs grosses barres de rire. D’une écriture ou l’élément le plus anodins n’est pas là par hasard à ses vrais phrases culte en passant par de bonne grosse scène faisant relativiser notre vision du monde en général, je ne peux que vous conseiller le premier véritable feel good movie d’humour noir. Pour la Bosnie.

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