Lords Of Salem

Au nom du Heavy Metal, du Massachussetts et des films d’horreur indé.

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D’abord on met ça : http://www.youtube.com/watch?v=ew0xunScfsA ou ça : http://www.youtube.com/watch?v=OI08FQPVzb0 en fond sonore.

 

Quand le metalleux Rob Zombie a annoncé qu’il s’essayait au cinéma en 2003 personne ne s’attendait à un miracle et il n’y en a pas eu. La maison des 1000 morts était un énième descendant nanar de Texas Chainsaw Massacre (tellement plus classe en VO) très honnête dans ce qu’il proposait mais n’apportant rien au genre. Sa suite par contre était déjà plus originale en reprenant la même famille de tueurs dégénérés tout en donnant au film le ton d’un road movie (The Devil's Rejects, 2005), ça reste trash bien comme il faut mais la présentation des maniaques en personnages centraux crée une empathie et des situations rarement vues dans ce genre de production, du moins pas depuis Tueurs Nés (Oliver Stone,1994). Avec ce film, Rob confirme ses ambitions en tant que cinéaste et c’est en continuité de ce travail que Lord of Salem arrive, malheureusement c’est aussi son principal problème. Trop lent et trop éloigné de leurs codes habituels pour les fans de films gores qui ne jurent que par Saw et Destination Finale et issu d’un milieu inconnu aux amateurs de Shining et Rosemary’s Baby le film n’a pas su trouver son public, à supposer qu’il en ait un.

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Papier peint récupéré après le dépot de bilan de l'hotel Overlook

Le scenario est on ne peut classique : Heidi Hawthorne, présentatrice d’une radio locale à Salem plutôt orientée rock/métal va commencer à avoir des visions après avoir reçu un disque des « Lords of Salem », comme par hasard le nom du coven qui a maudit son ancêtre inquisiteur trois siècles plus tôt, on suit donc la jeune femme chercher la source de ses hallucinations cauchemardesques aidée d’un de ses collègues qui a le béguin pour elle et d’un vieil auteur de livres sur la sorcellerie. Le film est découpé suivant les jours de la semaine, ça a marché dans The Ring alors pourquoi pas ici ?

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 Ce qui est original par contre c’est son esthétique, à la fois très personnelle et un véritable hommage au genre horrifique dans son ensemble. Des plus vieilles productions (on reconnaît l’influence gothique d’Häxan ou du Faust de Murnau de 1926, voire de Méliès) aux plus récents, un peu de Shining au détour d’un plan de caméra rasant le sol d’un couloir ou dans la mise en scène des messes noires qui oscille entre Salò (Pasolini, 1976) et la montagne sacrée (Jodorowsky, 1973) en allant aussi puiser des références esthétiques autant dans les gravures de Gustave Doré que les peintures de Bacon. Mais plus que des clins d’oeil, ces inspirations diverses et variées aboutissent à un tout cohérent.
 Le film est beau, cheap mais beau. Doté d’un budget de 1,5 millions de dollar (à peu près la moitié de celui d’un épisode de Walking Dead) il demande une certaine résistance aux quelques masques en latex présents mais globalement ça ne nuit pas à l’histoire, Rob Zombie ayant le bon goût de ne pas abuser de filtres cache-misères (coucou Underworld, oui c’est de toi que je parle).

Mais là où Lords of Salem s’attire ma sympathie c’est que l’on sent que l’auteur aime ce dont il parle, Rob est amoureux de l’occulte et du satanisme comme peu de personnes ayant traité le sujet le sont. On a vraiment cette ambiance pesante (qu’a par exemple échoué à installer la saison 3 d’American Horror Story sur des éléments similaires) qui donne un cachet unique au film, le jeu de la squelettique Sheri Moon Zombie n’y étant pas pour rien. Bien qu’atteinte du syndrome Jovovich l’obligeant à jouer dans tous les films de son mari elle est parfaite dans ce rôle de jeune femme frappée d’un destin funeste qui se résigne peu à peu à accepter son sort. Les acteurs rodés sonnent tous vrais, les sorcières ont juste ce qu’il faut d’étrange que pour être détestables et le réalisateur a à chaque fois choisi des gueules atypiques loin des clichés du genre (pas de blonde candide, de policier noir sacrifiable et de petit ami bodybuildé à l’horizon). Le film respire l’arrière-cour poussiéreuse d’un quartier pauvre de Louisiane où trois vieilles égorgent un poulet noir au-dessus d’une mandragore et de cartes de tarot disposées en pentacle, l’ambiance sale et anxiogène se poursuit jusqu’à un final expérimental qui, il faut l’avouer ne plaira pas à tout le monde (moi je l'ai regardé trois fois).

                                                                dore 3 juges des enfer

Grosse inspiration pour la scène finale, qui a dit que les metalleux étaient incultes ?

Le film est loin de la réalité historique sur le procès de Salem déjà traité dans La chasse à la sorcière de 1996 (à voir pour un Daniel Day-Lewis jeune) adapté de la pièce d’Arthur Miller (mari de Marylin Monroe) écrite en plein maccarthisme. Non, Lords of Salem est un film d’horreur à l’ancienne aux antipodes des prétentions des remakes d’Evil Dead ou de Carrie qui confirme le talent de Rob Zombie comme véritable réalisateur malgré un sens du rythme et une narration perfectibles qui l’empêchent de se hisser au rang de film culte comme l’échelle de Jacob (Adrian Lyne, 1991) ou L'Associé du diable (Taylor Hackford, 1998).

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