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L'Idéal

99 roubles (soit 1,34 €)

 

Bon, on harponne un abcès et on y va : 99 francs avec ses 99 minutes piles est pour moi le meilleur film de Jan Kounen, un des seuls à tenir la dragée haute à Fight Club dans le genre critique de la société de la consommation tout en étant une référence de la pop culture. L’idéal est une comédie française sympathique malgré ses défauts. Oui, la comparaison fait (très) mal, du coup autant la zapper.

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L'affiche et le slogan claquent, Beigbeider a une patte bien à lui.

 

L’idéal (marque fictive, comprendre L'Oréal) est, comme son nom ne l’indique pas, l’adaptation du roman « Au secours pardon » de Fréderic Beigbeider, paru en 2007, la même année que l’adaptation au ciné d’un autre de ses romans : 99 francs par Jan Kounen, dont au secours pardon est la suite. Par contre l’idéal n’est pas la suite de 99 francs (le film) à cause de ses écarts avec l’œuvre papier faisant prendre une autre tournure au récit.

Pour faire encore plus simple, on garde le même antihéros, Octave Parrango, en prenant le comique Gaspard Proust pour l’incarner, alors qu’il était joué par Jean Dujardin dans 99 francs. Gaspard Proust signe ainsi sa seconde collaboration avec Beigbeider en tant que réalisateur après l’adaptation d’un autre de ses romans, l’amour dure trois ans, sans lien scénaristique avec les deux autres même si l’idéal est plus dans l’esprit de l’amour dure trois ans que de 99 francs. Vous me suivez ?

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Même si la bande-annonce débite son kilo de punchlines, le film a de la reserve. Les dialogues sont bien roulés.

Beigbeider passe donc derrière la caméra pour la deuxième fois et on ne peut que constater qu’il a ses forces et ses faiblesses. Autant dans l’amour dure trois ans, il avait su maintenir un certain équilibre entre satire sociale, humour et son casting cabotin au possible, autant dans l’idéal on alterne les séquences à la limite du clip où la mise en scène est réfléchie, les dialogues ciselés et le rythme au poil avec des temps morts où des scènes beaucoup trop étirées frôlent le mauvais goût. Je pense à un inutile passage dans un grand huit avec des effets spéciaux dignes d’un Sharknado, du genre à appeler un autodafé de fonds verts avec la version 1997 de Star Wars IV.  

Des  gimmicks gênant comme une gestion des ellipses sous kétamine, une direction artistique ultra référencée, façon fausses pubs de mode (ce qui est plutôt à propos) mais aussi par du Kubrick (la salle de réunion à la Folamour, pour pas tomber dans les clichés) accompagnés de fêtes délirantes quelques parts entre Fellini et une gay pride confrontées à des images de la campagne russe façon carte postale mettent un coup à ce récit qui se cherche beaucoup sans trop se trouver. Ce n’est pas non plus son scénario sur fond de Russie en quête d’identité tombée dans l’hybris après la chute du communisme qui va sauver le tout vu qu’il est rusché dans les vingt dernières minutes. Paraît que le viaduc de Millau envisage de remplacer ses câbles d’aciers par les ficelles scénaristiques de l’idéal tellement elles sont massives.

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Ce genre de plan sent un peu le délire narcissique; c'est beau mais ça ponce les murs pour s'insérer dans le reste des scènes plus "classiques".

 

L’idéal souffre donc d’un défaut majeur des comédies françaises, c’est celui de faire jouer à des personnalités sympathiques leurs propres rôles, Gaspard Proust fait du Gaspard Proust, et si son personnage de quadra aussi désabusé que cynique correspondait à l’intellectuel parisien de l’amour dure trois ans, il détonne face l’incarnation d’Octave par Dujardin, figure d’adolescent attardé propulsé en Christ moderne dans son autodestruction sur fond de dénonciation du monde de la pub. Octave est le double littéraire avoué de Beigbeider, presque déprimant sur papier, trop gentil ici à l’écran, le personnage en devient méconnaissable malgré un don jouissif à briser le quatrième mur.

Audrey fleurot

Beigbeider dirige le magazine Lui, si jamais vous vous demandez pourquoi il apparaît quinze fois dans le film.

 

 Dommage aussi que le terrain de jeu du milieu de la mode, hilarant dans un Zoolander, oppressant dans Neon Demon, qui n’attendait que la corrosion d’un Beigbeider, même en petite forme, est au final plutôt sous-exploité. Le film aurait pu à deux vannes près se passer dans n’importe quelle grosse compagnie. C’est pas parce qu’on met des néons en forme de pénis chez un oligarque Russe qu’on est subversif. Dommage².

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Autant l'idéal m'a un poil déçu, autant j'ai hâte de voir ce que Beigbeider va faire ensuite. Accessoirement vodka.

 

Reste néanmoins le plaisir de ne pas s’ennuyer. Audrey Fleurot en pyromane frigide est excellente, Jonathan Lambert à mourir de rire et quelques apparitions comme celles de Jérôme Niel (les tutos de Camille, les racines Canal +) font mouches. On offre des chaussures en béton et un lac franco-suisse à l’idée de voir un digne héritier du film de Jan Kounen et on ne boude pas son plaisir à mater l’idéal, freiné par une conception nombriliste manquant de recul mais bien fun quand même.

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