Thriller

Desierto

C’est le mot
 
Si le nom de Jonas Cuarón vous dit quelque chose, c’est que vous l’avez vu au générique du beau mais vide Gravity dont il a cosigné le scénario avec son père, Alfonso. Porté par ce succès, il a décidé de mettre en chantier son deuxième long métrage, Desierto, un film de duel se situant sur la frontière américano-mexicaine. Belle idée sur le papier mais en vérité, j’ai trouvé que l’exécution s’avère être calamiteuse.
 
Desierto gael garcia bernal trailer stx
 

Pour autant, les intentions étaient là, car Cuarón Junior voulait faire de son film une bonne série B véhiculant un message hautement politique sur l’immigration, sauf que le sous texte tient aux 5 premières minutes de film, deux, trois dialogues et de son duel, gentil mexicain vs méchant américain. Pour résumer, un cul-terreux de Californie, lassé du laxisme policier sur le contrôle de la frontière, va se mettre en tête, de tuer, à grand coup de fusil (avec l’aide de son chien), tout un groupe de mexicains qui essaie de rentrer illégalement aux Etats unis dont un père de famille, fuyard, qui va tout faire pour essayer de survivre. Très light, par rapport à un « Zombie » de Romero où le pamphlet dirigé contre la société américaine des seventies suintait dans presque chaque plan, Desierto n’arrive jamais à faire ressortir son propos; pire, on ressent l’impression que son réalisateur l'abandonne en cours de parcours. 

 

Desierto toronto film festival1
 

Après, vous vous dites que malgré tout, cela peut faire une bonne série B éfficace. Loupé, Jonas Cuarón n’arrive même pas à ce résultat. La faute est due à la volonté du jeune cinéaste mexicain de vouloir épurer le récit pour ne garder que la dramaturgie, trop classique. On se coltine donc des scènes que l’on a vues et revues dans une majorité de films des années 80-90; la galerie de personnages secondaires cliché, légèrement déguisés pour coller au sujet, dont on sait rapidement lesquels d'entre eux finiront six pieds sous terre (par exemple, le cliché du non-sportif qui va se faire tuer dès qu’il devra faire le moindre effort); des incohérences scénaristiques à foison notamment sur les capacités, assez variables, des protagonistes ainsi que le méchant assez crétin qui aurait pu facilement boucler le travail au bout de 40 minutes de film. L’audace est même absente des scènes de meurtre qui se révèlent très vite assez répétitives malgré son alternative sniper/chien assez sadique. La musique souffre du même type de problème, Cuarón junior a fait appel au français de Woodkid pour la composer mais elle ressemble à une mauvaise copie de certaines bandes originales de slasher des années 80. En ce qui concerne les deux acteurs principaux, Jeffrey Dean Morgan et Gaël Garcia Bernal, ils essayent de donner le maximum mais on a l’impression qu’ils sont limités par la faiblesse de leur rôle, résumable en deux lignes chacun. La somme de ces écueils fait que la tension s'essouffle vite.

 

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C’est dommage car Jonas Cuarón se démène pour trouver des idées de mise en scène. Il y en a quelques-unes qui sont un poil ratées ou font penser à certains plans que l’on retrouve dans les films de son pére mais la plupart servent vraiment bien le propos ou mettent en valeur les différentes situations de l’intrigue. Je pense, par exemple, à la première et la dernière image qui se répondent. Le choix du décor, lui aussi, est loin d’être aussi anecdotique et on sent bien le rôle que le jeune réalisateur mexicain a voulu lui donner dans l’ambiance global.
 
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Autant de raisons qui me frustrent encore quelques jours après l’avoir vu, tant Jonas Cuarón aurait pu faire mieux que cette série B prévisible et vide. La seule satisfaction que j’en tire est de me dire que trois ans après avoir vu « Gravity », j’ai enfin trouvé le maillon faible du grand huit spatial d’Alfonso Cuarón , c’était le fils. 
 
Willard

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