semaine de la critique

Respire

D'une puissance étouffante

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Généralement, dès qu'un acteur français décide de passer derrière la caméra cela donne, à mes yeux, des films assez inégaux voire pas terribles ; si le premier long-métrage de Mélanie Laurent « Les adoptés » ne fait pas partie de la deuxième catégorie, il fait malheureusement partie de la première. Après ce premier long métrage, je me suis dit, comme pour certains de ses prédécesseurs (Jean Paul Rouve, Sophie Marceau, Kad Merad); qu’elle n'arriverait pas à me convaincre de la suivre, en tant que spectateur, dans ses prochaines réalisations. Pourtant, il y a un an, ma curiosité fut piquée au vif quand j’ai vu que pour son second long métrage, elle voulait adapter le roman Anne-Sophie Brasme, « Respire ». Pour faire simple, ce roman est l’un des deux seuls romans que j'ai lu, de mon plein gré, au lycée et je peux vous dire qu’il m’avait fait l’effet d’une bombe atomique, une de celles dont on met des jours à se remettre. Que vaut cette adaptation ? Décryptage

Histoire : Charlie est une adolescente pleine de vie de 17 ans. Un jour de lycée, la directrice présente une nouvelle élève, Sarah, et la place à côté de Charlie. Une amitié se lie entre les deux filles. Très vite, Charlie cultive une adoration pour Sarah. Sarah, quant à elle, profite de la situation et n'hésite pas à jouer les manipulatrices.

Une ambiance oppressante

Le film de Mélanie Laurent est une adaptation très libre du roman d’Anne-Sophie Brasme. Par exemple les caractères de certains personnages sont différents de ceux du livre. Mais elle conserve l'essentiel qui est d'une part le sujet (on y reviendra plus tard) et d’autre part l'ambiance oppressante que l’on trouvait dans le roman. On peut définir cette ambiance comme une sensation progressive d’étouffement, plus on avance dans l’histoire, plus on ressent la même sensation que le personnage principal. La barrière entre le film et le spectateur est quasiment inexistante et cela est dû au remarquable travail de mise en scène de Mélanie Laurent. Elle a réussi l’exploit de retranscrire sur l'écran non seulement l'écriture immersive de Brasme mais aussi à faire ressentir aux spectateurs les mêmes émotions que peuvent avoir les lecteurs du roman.

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Le seul bémol que l’on peut lui reprocher, c’est l'utilisation trop fréquente de la technique de la « shaky cam » (technique de caméra au poing, dont le but est d'apporter du réalisme à la situation) car même si elle s’avère être très intéressante dans certaines scènes pour accentuer le sentiment de malaise de l’héroïne, elle s’avère être inappropriée dans les séquences un peu moins oppressantes .

Un constat sur une vérité qui dérange

Dans Respire, on y suit l’amitié passionnelle de deux adolescentes ; interprété par Joséphine Japy (vue dans « Le moine ») et Lou de Laâge (vue dans « Jappeloup »), les deux actrices crèvent littéralement l’écran, respectivement dans le rôle de Charline et de Sarah, au point d’habiter leur personnage.

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Je vous rassure tout de suite, le film n’est pas dans la lignée de « la vie d’Adèle » car même si je comprends certains critiques qui pourraient démontrer le contraire, ce n’est qu’une relation comme on peut la voir sur Facebook ou alors dans une cour de lycée entre deux meilleures amies.En tout cas, cela c’est pour l’aspect passionnel car cette amitié va vite basculer dans un côté assez destructeur que, malheureusement, l’on retrouve assez fréquemment dans les lycées.

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Au travers de ce sujet, cette oeuvre permet de dresser un portrait peu élogieux des années lycée et de l'adolescence en général. Une époque compliquée où l’on peut très vite être adulé comme très vite pris pour cible, une époque où le paraître semble être un atout et peut très vite se transformer en une arme qui peut se retourner contre les plus faibles.

On sent, que ce soit dans le livre comme dans le film, que Brasme et Laurent ont vécu ce genre de situations et qu’elles ont envie de nous faire prendre conscience de la dangerosité de ces situations. Le film y arrive parfaitement et ce à tel point que d'une part, il nous hante encore bien après son visionnage et que d'autre part, on est soulagé de pouvoir retrouver son souffle au moment du générique, un peu comme Charlie lors de la dernière séquence du film juste après le dénouement final; mais cela est une autre histoire que je laisse aux spectateurs courageux le soin de découvrir .

Après, que vaut ce « Respire »? Eh bien, je trouve personnellement que Respire est une excellente surprise, pour toutes les raisons que vous ai évoquées ci-dessus. Je ne pensais pas que Mélanie Laurent serait à la hauteur pour adapter le roman de Brasme; je voyais plus un cinéaste comme Michael Haneke ou Gus Van Sant (dans sa période « Éléphant ») s'en charger, mais là, je reconnais qu’elle m’a impressionné.

Après, comme vous avez pu le lire, le film est très dur et marquant et  je reconnais que, en ces temps de crise, vous puissiez être plus tentés par un « Samba » ou un « Interstellar » voire même par « Quand vient la nuit »; mais si vous avez envie d’aller voir une œuvre dure mais marquante et de grande qualité avec un sujet bien traité et qui mérite largement sa place dans la liste des films nominés aux prochains césars, allez voir « Respire », je vous le conseille .

Willard

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