Science-Fiction

Hardcore Henry

L'homme qui valait trois milliards de roubles


Hardcore Henry... Hardcore. Henry.
Tu le sens venir le film bourrin ? Ce titre qui catapulte de la finesse par pack de douze kilos ? C'est comme le chef-d'oeuvre de Tobe Hooper où il cherchait l'association de mots la plus "breum dans ta face" qui soit, Texas Chainsaw Massacre, et sa traduction rendant coup sur coup : Massacre à la Tronçonneuse. Ça sent le brutal, le bonhomme de bois brut avec un oursin sous chaque bras mitraillant sans bouger d'un iota les partisans d'un mouvement politique des années 30 avec une arme référencée par l'association d'une lettre et de deux chiffres.

 

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HH est le premier long-métrage du rocker russe Ilya Naishuller, étirant le dispositif de la vue subjective de son clip Bad Motherfucker, reprenant du coup le clip Smash my bitch up de Prodigy lui-même piqué à la première partie d'Enter The Void de Gaspard Noé, après je sais plus où ça remonte.


Le truc c'est que mes attentes face à un film sont calibrée sur ce qu'il promet. Ici l'affiche résume le personnage principal à deux flingues tout en annonçant la vue subjective filmée en GoPro (les perspectives arrondies sur les côtés, très accentuées sur l'image, sont la marque des objectifs grand angle), forcément je vais m'attendre à un délire visuel avec un scénario et un développement des personnages faisant le trottoir pour se payer leurs doses de crack, pas au choix de l'année pour le théoricien de la nouvelle vague.

Alors oui, si un bon film tient à l'équilibre de tous les éléments le composant, noyau dur Henry est complètement à la ramasse. Mais si on part de la base que le réalisateur a voulu développer une idée personnelle sur un long métrage dans ce cas il se défend sacrément bien, sans trop de temps mort et surtout il évite que son dispositif, la vue subjective, ne devienne redondant. Sauvé par une montée sans cesse renouvelée dans un n'importe quoi jouissif devant autant au Grindhouse qu'au catalogue de Steam.

 

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Haley Bennett me fait me demander si la femme-macguffin est une femme-objet... Vous avez 3h et deux copies doubles minimums.


Jeux Video et cinéma, malgré toutes les polémiques et réflexions, ne sont pas pour moi incompatibles, les deux médias s'inspirant mutuellement à de nombreuses reprises, mais ne sont en aucun cas transposable. Ce qui marche en jeu ne marche pas forcément en film, c'est bien là l'erreur que ne fait pas Extréme Emile en alliant un véritable hommage visuel revendiqué à toute une frange du dixième art tout en restant strictement un fascinant objet du septième. Il puise ses idées, son esthétique dans les mondes de pixels : influence forte de Portal et Half Life II mais il y a aussi du Doom, du Shadow Warior (pour les tatouages du héros), une grosse pincée de Duke Nukem et pourquoi pas du Dead Rising, du Hotline Miami, voire du métal Gear Solid pour le méchant.

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Tim Roth fait coucou à un moment, vous inquiétez pas si vous le loupez en clignant des yeux, la scène apparaît trois fois.

D'un autre côté, à au réal on a de vraies idées comme la présence de cuts, d'ellipses, et non pas un plan-séquence pour garder un rythme rapide (on se souvient, ou pas, de la séquence mollassonne du film Doom en vue FPS tombant dans cet éceuil) tout comme l'idée d'introduire les Jimmy incarnés par un Sharlto Copley en grande forme (l'acteur principal de District 9 apparaissant dans tous les Neill Blomkamp et qui, à l'instar d'Andy Serkis, se dirige de plus en plus vers une carrière d'acteurs remplis de rôle géniaux à grands renforts d'effets spéciaux) permettant même une réflexion sur les avatars virtuels. Une petite réflexion, faut pas déconner, le film passe pas non plus l'agrég de philo.

Bien sûr la dernière grande idée : celle d'avoir une caméra par oeil, introduite dès la première image, génialement utilisée tout au long du film.

 

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Le film a été kickstarté pour payer les effets spéciaux, 250 000$ de récupéré et six mois de traitement par une société moscovite inconnue font que... Bon on va dire que le côté parfois cheap fait partie du charme.


Hardcore Henry est donc, vous l'aurez compris j'espère, un film à la con, mais la Rolls Royce des films à la con - ou l'équivalent Russe, je sais pas moi, une Lada 4x4 tunée adidas - que l'on range religieusement entre Crank 1 et 2 (hypertension dans la langue de Joey Star). De sa caméra subjective qui m'a fait baigner les dents du fond en trois minutes à son humour souvent gratuit, toujours bourrin, son scénario prétexte à tous les délires et sa violence stylisée, tellement surabondante qu'elle en devient jouissive; je comprends, j'approuve le succès du bouche-à-oreille l'entourant.

 

 

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