comedie dramatique

L'hermine

Levez-vous , pour le grand Fabrice Luchini

Michel Racine, magistrat redouté (et mal aimé) siégeant dans une cour d’assises du nord de la France, retrouve parmi les jurés du procès qu’il préside, Ditte Lorensen-Coteret, un médecin qu’il a aimé, presque en secret, 6 ans auparavant.

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Le pitch résume assez bien ce qu’est l’hermine à la fois une réflexion analogique entre la justice et le théâtre mais aussi une romance entre deux êtres différents. Si le cocktail a l’air d’être intéressant sur le papier, ce n’est pas ce qui m’a convaincu d’aller le voir. Ce sont plutôt les retrouvailles 25 ans après «La discrète», du duo Christian Vincent/ Fabrice Luchini. Bref, un beau projet mais en réalité, il n’est pas sans écueils.

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Je ne vais pas vous mentir, on a du mal à rentrer dans L’hermine. On commence par suivre le personnage misanthrope et bougon de Luchini luttant contre une mauvaise grippe tout en se préparant à sa prochaine audience et réglant la séparation avec sa femme. Puis, arrive en parallèle, le procès, permettant à Christian Vincent d’amorcer sa thèse en introduisant sa caméra au milieu de la cour. Il expose chacun des protagonistes de l’affaire, une histoire d’infanticide digne des faits divers reprise par les chaines d’information, cassant parfois le rythme dans des scènes de discussions assez longues.

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Il flirte avec le drame social cliché, tout en abandonnant par la suite, au milieu du film, certains personnages secondaires, ou en se refocalisant sur d’autres, à des moments clés (comme la scène de délibérations entre les jurés).

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Par exemple, confier, le rôle d'une femme socialement en difficulté, à Corinne Maseiro, c'est comme voir Johnny Depp dans un Burtonau bout de la dixième fois (presque) consécutive, ça agace.

Si maladroit est le mot qui caractérise la construction de ces derniers, bien incarnés, on pourrait aussi l’utiliser pour qualifier l’ensemble de la réflexion. Cette dernière est intéressante mais un peu trop appuyée car d’une part, Vincent n’ayant pas totalement foi en sa mise en scène assez subtile et significative (notamment la sonnerie d’annonce de l’entrée de la cour qui rappelle les 3 coups), décide de l’expliciter au travers de dialogues parfois assez lourds (l’assesseur qui commente la dernière cession en disant : « on a assisté à un coup de théâtre de la part de Racine » m’a achevé). D’autre part, et contrairement à ce qu’avait fait Albert Dupontel deux ans plus tôt avec Neuf mois ferme (très bonne comédie corrosive avec en sous texte une satire de la justice), le cinéaste préfère mettre sa réflexion bien en avant, quitte à faire passer par moment son intrigue principale au second plan. Et pourtant, c’est lorsqu’ il se penche sur cette romance que L’hermine prend vraiment son envol.

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Ce n’est pas un simple coup de foudre « gnian-gnian » de roman de gare mais un homme qui va se mettre à nu, dans l’espoir d’un signe de la part d’une femme, pris dans l’incertitude de ses sentiments afin de pouvoir enfin recommencer à vivre. Si elle a déjà été vue, Vincent l’amène avec une certaine subtilité, tandis qu’un Fabrice Luchini, plus sobre qu’à l’accoutumée, et une rayonnante, Sidse Babett Knudsen subliment leur partitions pour nous la faire vivre. Chaque regard, sourire, doute et situation captés par la caméra, nous touche quand ils ne nous font pas rire. Et même si la dernière image pourrait apparaître cliché pour certains, elle arrive au bon moment tout en nous révélant, en une fraction de seconde, tout ce que l’on a envie de savoir. C’est dommage que l’ensemble ne soit pas du même niveau.

Willard

 

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